Œuvre
Magique étude du Bonheur (2010)
Le bonheur relève de la psychiatrie.
Microscopiquement se réjouir, quand tout va macroscopiquement si mal, cela semble aussi absurde que de piquer un fou rire sur la corniche d'un immeuble en feu.
Les beautés s'estompent, les forces s'épuisent, les amours se fanent, les amis meurent.
Le bien-être matériel ne garantit en rien le bien-être existentiel.
Le bonheurisme est l'attitude par laquelle les serfs font de la publicité non à leurs maîtres, mais à leur propre volonté de servitude, à leur vie émotionnelle mise en scène et auto-escamotée.
Où est passée notre exclamation de vivre, notre vérité contagieuse ? Où, le bonheur qui pulse et défeutre le corps ?
Depuis quand, par temps clair, n'avons-nous pas contemplé la courbure de l'horizon ?
Je prends, je donne, je m'élargis.
Quand je suis heureux, je sens une mystérieuse énergie me remplir, comme si mon corps buvait le monde extérieur par chacun de ses pores, en tétait les nectars.
Normal, c'est juste un programme de machine à laver.
Les bonheuristes sont des heureux imaginaires. Ils vivent un enfer incolore, indolore, en forme de paradis.
Combien de dépressions, de sociopathies, de vacuités existentielles se cachent derrière les déguisements du bonheur photogénique ?
Sous le règne de l'argent-roi, le bonheur est obligatoire. Il s'achète, on vous le répète assez.
Tout le monde s'évertue à paraître heureux. Pire : à paraître vouloir être heureux, et toujours davantage. Voilà pourquoi les gens normaux passent leur temps à se plaindre.
Le bonheurisme d'aujourd'hui, le bonheur bourgeois hissé au rang d'idéal et d'idéologie.
Le bonheurisme, cette mise en scène du bonheur.
Qu'est-ce que le normalisme ? L'état d'assujettissement aux normes dominantes, c'est-à-dire bourgeoises ; leur inscription dans les nerfs et la chair de chacun, jusqu'à tomber malade.
Le bonheur fonctionnerait ainsi à la manière d'un double injecteur, par incorporation-excorporation des affects et des évènements. Je mange et digère l'énergie du monde ; j'offre au monde mon énergie - grosse de lui.
Le cas de Droopy a ceci de cartoonesque qu'il semble passer à côté de l'explosivité du bonheur. ... Une contradiction sur pattes, qu'aucun vrai chien, du reste, ne comprendrait : les yeux tristounets du cocker ne l'empêchent pas de remuer la queue.
L'école du bonheur, pour n'importe quel enfant, c'est l'amour enthousiaste et inconditionnel que lui témoignent ses proches et ses parents.
Promettre le bonheur, c'est égaler les dieux. Tel est le péché mignon des clercs et des psys, des marchands et des séducteurs. Les philosophes n'y coupent pas.
L'onde de choc, cette suite d'évènements rebutants qui, par fracas ou sourdement, propage les terreurs, les violences.
C'est en côtoyant des gens charmants - au sens le plus généreux et le plus envoûtant du terme -, que l'on apprend à se laisser aller au bonheur.
L'enfant est pour l'adulte une grande leçon de Je(u).
Moi-parapluie. Moi-paratonnerre. Moi-paravent. Plus l'onde de choc nous taraude, plus notre Moi gagne en importance pour nous servir de bouclier.