Ce qui fait le poète, n'est-ce pas l'amour, la recherche désespérée du moindre rayon de soleil d'autrefois jouant sur le parquet d'une chambre d'enfant ?
Auteur
François Mauriac
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Ceux de ma race ont la sombre manie d'adorer ce qui d'eux-mêmes est mort ; ils sont chargés de souvenirs, d'images, de sensations comme de cadavres mal embaumés.
Cela revient à dire que le christianisme ne souffre pas les coeurs médiocres. L'entre-deux ne vaut rien.
Il reste aux misérables hommes de lettres, il leur reste d'espérer que le mal qu'ils auront fait leur sera pardonné en faveur du bien qu'ils auront fait aussi, le plus souvent à leur insu.
J'affirme qu'un homme qui, après quarante ans, s'épure et grandit, n'y réussit que par une tension cornélienne de son être.
Quand un homme se souvient d'une époque où il aimait, il lui semble que rien ne s'est passé pendant ce temps-là.
L'orgueil des poètes n'est qu'une défense : le doute ronge les plus grands. Ils ont besoin de notre témoignage pour ne pas désespérer.
L'Histoire est bien monotone. A toutes les époques entre un massacre et une tuerie, les misérables humains ont fait la queue. Patience des pauvres, qui t'épuisera jamais ?
Un vieillard n'existe que par ce qu'il possède. Dès qu'il n'a plus rien, on le jette au rebut.
C'est bon de faire la haine, ça repose, ça détend.
Comme on dit faire l'amour, il faudrait pouvoir dire faire la haine.
Les espérances de nos enfants. Pour les cueillir, ils doivent nous passer sur le corps.
Deux vieux époux ne se détestent jamais complètement.
On ne pense jamais que ce sont le passions des pères qui le plus souvent les séparent de leurs fils.
Nous avons tous été pétris et repétris par ceux qui nous ont aimés et pour peu qu'ils aient été tenaces, nous sommes leur ouvrage, - ouvrage que d'ailleurs ils ne reconnaissent pas, et qui n'est jamais celui qu'ils avaient rêvé.
Il reste encore de ces anciennes familles où le Code civil ne prévaut pas contre la volonté toute-puissante du père.
Ce drame au-dedans de nous, qui ne comporte pas de cris, ne crée-t-il pas le climat même de la poésie ?
Assumer la vie telle qu'elle est, c'est devant ce premier de tous les devoirs que le romantique se dérobe. Au fond, sa folie, il la choisit parce qu'il la préfère. Il préfère ce qui n'est pas à ce qui est : voilà le péché mortel du Romantisme.
L'auteur d'une autobiographie est condamné au tout ou rien. Ne dis rien si tu ne dois pas tout dire : ton monologue doit être l'expression d'un magma.
Il n'est plus question pour personne désormais de découper son destin selon les pointillés imposés par nos manuels de philosophie : intelligence, sensibilité, volonté.
Pourquoi nous a-t-on appris à douter du néant ?... L'irrémédiable, c'est de croire, malgré et contre tout, à la vie éternelle. C'est d'avoir perdu le refuge du néant.
La mort ne nous livre pas seulement aux vers, mais aussi aux hommes, ils rongent une mémoire, ils la décomposent.
Toute douleur, toute passion engraisse l'oeuvre, gonfle le poème. Et parce que le poète est déchiré, il est aussi pardonné.
L'actualité est l'ennemie du créateur de fictions ; le réel tue l'imaginaire.
Sa vie ressemblait à une page blanche sur laquelle un maître inconnu aurait écrit en travers, d'une écriture irritée : Néant.
Œuvres de François Mauriac
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