Œuvre

Mémoires intérieurs (1959)

Ecrire, c'est se souvenir. Mais lire, c'est aussi se souvenir.
«Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es», il est vrai, mais je te connaîtrai mieux si tu me dis ce que tu relis.
Les grands romans viennent du coeur.
L'enfance est le tout d'une vie, puisqu'elle nous en donne la clef.
Ce drame au-dedans de nous, qui ne comporte pas de cris, ne crée-t-il pas le climat même de la poésie ?
Assumer la vie telle qu'elle est, c'est devant ce premier de tous les devoirs que le romantique se dérobe. Au fond, sa folie, il la choisit parce qu'il la préfère. Il préfère ce qui n'est pas à ce qui est : voilà le péché mortel du Romantisme.
L'auteur d'une autobiographie est condamné au tout ou rien. Ne dis rien si tu ne dois pas tout dire : ton monologue doit être l'expression d'un magma.
Il n'est plus question pour personne désormais de découper son destin selon les pointillés imposés par nos manuels de philosophie : intelligence, sensibilité, volonté.
L'art abstrait témoigne que l'homme n'a rien à dire, rien à exprimer ni à fixer, s'il se coupe du monde tel que le capte le regard d'un enfant.
« Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es » Il est vrai, mais je te connaîtrai mieux si tu me dis ce que tu relis. J'ai pensé quelquefois que ces mémoires intérieurs trouveraient peut-être un fil conducteur dans les lectures jamais abandonnées au cours de ma vie, et toujours reprises, fût-ce à de longs intervalles.