Œuvre

Le Désert de l'amour (1924)

Ce n'est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons; elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable: la mort est le sel de notre amour; c'est la vie qui dissout l'amour.
Il espérait que les plantes, les mousses enlaceraient ses jambes, qu'il ne pourrait se dépêtrer de cette eau bourbeuse et qu'enfin sa bouche, ses yeux seraient comblés de vase, que nul ne le verrait plus, et qu'il ne verrait plus les autres le voir.
A travers ces paroles cyniques, fusait une lueur de confiance.
Je n'aime que ce qui se dévore.
Elle ne savait pas que l'amour, dans les vies les plus pleines, sait toujours se creuser sa place; qu'un homme d'Etat surmené, autour de l'heure où sa maîtresse l'attend, arrête le monde. Cette ignorance l'empêchait de souffrir.
C'est la grand misère des femmes que rien ne les détourne de l'obscur ennemi qui les ronge.
On ne pense jamais que ce sont les passions des pères qui le plus souvent les séparents de leurs fils.
Un bouquin bouleverse la vie vie d'un homme quelquefois, et encore! ça se dit... mais d'une femme? Allons donc! Nous ne sommes jamais toublés profondément que par ce qui vit - que par ce qui est sang et chair. Un bouquin?
Au plus brûlant d'une passion, nos gestes d'instinct la dissimulent; mais lorsque nous avons renoncé à sa joie, que nous acceptons une faim et une soif éternelles, c'est bien le moins, songeons-nous, de ne plus nous exténuer à donner le change.
Le visage de certaines femmes jusque dans la maturité demeure baigné d'enfance; c'est peut-être leur enfance éternelle qui fixe notre amour et le délivre du temps.
L'étrange, dans l'orage, ce n'est pas son tumulte, ciais le silence qu'il impose au monde et cet engourdissement.
Les animaux, quand leurs petits sont grands, les chassent. Et le plus souvent, d'ailleurs, les mâles ne les connaissent pas. Ces sentiment qui survivent à la fonction, c'est une invention des hommes.
Un enterré vivant a le droit s'il le peut, de soulever la pierre qui l'étouffé.
On ne pense jamais que ce sont le passions des pères qui le plus souvent les séparent de leurs fils.
Nous avons tous été pétris et repétris par ceux qui nous ont aimés et pour peu qu'ils aient été tenaces, nous sommes leur ouvrage, - ouvrage que d'ailleurs ils ne reconnaissent pas, et qui n'est jamais celui qu'ils avaient rêvé.