Auteur

François Mauriac

Un seul être accapare toutes ses puissances de tendresse; on n'aime plus personne quand on aime.
Les conséquences de cette crise suscitée par la haine, à la veille de la signature des accords tunisiens et au moment où un effort sérieux allait être tenté pour pacifier le Maroc, demeurent imprévisibles.
On ne saurait mesurer l'indifférence des enfants à l'égard des adultes, même de ceux auxquels ils paraissent le plus étroitement liés.
De nouveaux cinéastes ont surgi, d'âge tendre - mais il n'y a que l'âge en eux qui soit tendre. Et déjà ils chassent les aînés dans la force de l'âge.
A l'égard des peuples du Maghreb, on a parfois le sentiment qu'une once d'amitié vraie pèse plus lourd qu'un massacre à base de mépris. Oh! ils ne sont pas des agneaux, eux non plus. Jusqu'où va leur cruauté et qu'elle peut être atroce, nous le savons.
On ne peut garder tout seul la foi en soi-même. Il faut que nous ayons un témoin de notre force.
Ah! le flair des hommes qui ne sont pas aimés pour dépister la passion chez autrui!
Ma jeunesse n'a été qu'un long suicide. Je me hâtais de déplaire exprès par crainte de déplaire naturellement.
Cette habileté à se duper soi-même, qui aide à vivre la plupart des hommes, m'a toujours fait défaut.
Aimer les corps, ce n'est pas aimer les êtres. Les posséder et en jouer, jusqu'à la satiété, jusqu'au dégoût, ce n'est pas le pire, c'est l'indifférence qui est le pire et qui vient à bout même du ressentiment.
Je ne suis pas «à la voie», comme on disait chez nous des carrioles dont les roues épousaient exactement les ornières creusées par les charrois.
La volupté singe la mort; cette fausse agonie, ce faux dernier hoquet, ces corps étendus, immobiles et comme frappés de plaisir.
«Je vote pour le plus bête», la boutade fameuse de Clemenceau n'est cruelle qu'en apparence.
Le véritable amour n'est pas aveugle. Le véritable amour est lucide et déteste de se faire illusion. Il ne faiblit point devant les misères, ni même devant les vices de ce qu'il chérit.
L'amour véritable ne faiblit point devant les misères, ni même devant les vices de ce qu'il chérit. Ni les misères, ni les vices ne lui masquent les vertus cachées, et ces mérites que le monde ne voit pas.
Mais la justice des hommes est insatiable: on n'a jamais fini de payer avec eux. - Peut-être parce qu'ils n'ont jamais fini de se venger. - La vengeance déguisée en justice, c'est notre plus affreuse grimace.
La vengeance déguisée en justice, c'est notre plus affreuse grimace. - Vous cédez trop au sentiment. Les partis pris politiques se payent au prix fort à certaines époques.
Le visage de certaines femmes jusque dans la maturité demeure baigné d'enfance; c'est peut-être leur enfance éternelle qui fixe notre amour et le délivre du temps.
L'étrange, dans l'orage, ce n'est pas son tumulte, ciais le silence qu'il impose au monde et cet engourdissement.
Les animaux, quand leurs petits sont grands, les chassent. Et le plus souvent, d'ailleurs, les mâles ne les connaissent pas. Ces sentiment qui survivent à la fonction, c'est une invention des hommes.
Un enterré vivant a le droit s'il le peut, de soulever la pierre qui l'étouffé.
L'enfance est le tout d'une vie, puisqu'elle nous en donne la clef.
Je me contente ce matin de la radio, admirant certes ce pouvoir illimité qui a été donné aux hommes, mais songeant qu'il ne sert de rien à l'homme de gagner la Lune s'il vient à perdre la Terre.
Notre destin, quand nous voulons l'isoler, ressemble à ces plantes qu'il est impossible d'arracher avec toutes leurs racines.
Une lettre exprime bien moins nos sentiments réels que ceux qu'il faut que nous éprouvions pour qu'elle soit lue avec joie.

Œuvres de François Mauriac

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