Auteur

Louis Aragon

Rimes rimes où je sens - \r\nLa rouge chaleur du sang - \r\n\r\nRappelez-nous que nous sommes - \r\nFéroces comme des hommes - \r\n\r\nEt quand notre coeur faiblit - \r\nRéveillez-nous de l'oubli - \r\n\r\nRallumez la lampe éteinte - \r\nQue les verres vides tintent - \r\n\r\nJe chante toujours parmi - \r\nLes morts en Mai mes amis
Paris rêve et jamais il n'est plus redoutable - \r\nPlus orageux jamais que muet mais rêvant - \r\nDe ce rêve des ponts sous leurs arches de vent - \r\nDe ce rêve aux yeux blancs qu'on voit aux dieux des fables - \r\nDe ce rêve mouvant dans les yeux des vivants\r\n
Comme on laisse à l'enfant pour qu'il reste tranquille - \r\nDes objets sans valeur traînant sur le parquet - \r\nPeut-être devinant quel alcool me manquait - \r\nLe hasard m'a jeté des photos de ma ville - \r\nLes arbres de Paris ses boulevards ses quais
Qui n'a pas vu le jour se lever sur la Seine - \r\nIgnore ce que c'est que ce déchirement - \r\nQuand prise sur le fait la nuit qui se dément - \r\nSe défend se défait les yeux rouges obscène - \r\nEt Notre-Dame sort des eaux comme un aimant.\r\n\r\n
Toute aube est pour quelqu'un la peine capitale - \r\nÀ vivre condamné que le sommeil trompa - \r\nEt la réalité trace avec son compas - \r\nCe triste trait de craie à l'orient des Halles - \r\nLes contes ténébreux ne le dépassent pas.
Paris s'éveille et moi pour retrouver ces mythes - \r\nQui nous brûlaient le sang dans notre obscurité - \r\nJe mettrai dans mes mains mon visage irrité - \r\nQue renaisse le chant que les oiseaux imitent - \r\nEt qui répond Paris quand on dit liberté
C'est un pont que je vois si je clos mes paupières - \r\nLa Seine y tourne avec ses tragiques totons - \r\nO noyés dans ses bras noueux comment dort-on - \r\nC'est un pont qui s'en va dans ses loges de pierre - \r\nDes repos arrondis en forment les festons\r\n
Quand la chanson disait Tu reverras Paname - \r\nCeux qu'un oeillet de sang allait fleurir tantôt - \r\nQuelque part devant Saint-Mihiel ou Neufchâteau - \r\nEntourant le chanteur comme des mains la flamme - \r\nSentaient frémir en eux la pointe du couteau
J'ai plus écrit de toi Paris que de moi-même - \r\nEt plus qu'en mon soleil en toi Paris j'ai cru
Il y avait Notre-Dame, tellement plus belle du côté de l'abside que du côté du parvis, et les ponts, jouant à une marelle curieuse, d'arche en arche entre les îles, et là, en face, de la Cité à la rive droite…
Comme à l'homme est propre le rêve - \r\nIl sait mourir pour que s'achève - \r\nSon rêve à lui par d'autres mains - \r\nSon cantique sur d'autres lèvres - \r\nSa course sur d'autres chemins - \r\nDans d'autres bras son amour même - \r\nQue d'autres cueillent ce qu'il sème - \r\nSeul il vit pour le lendemain.
S'oublier est son savoir-faire - \r\nL'homme est celui qui se préfère - \r\nUn autre pour boire son vin - \r\nL'homme est l'âme toujours offerte - \r\nCelui qui soi-même se vainc - \r\nQui donne le sang de ses veines - \r\nSans rien demander pour sa peine - \r\nEt s'en va nu comme il s'en vint.
Il est celui qui se dépense - \r\nEt se dépasse comme il pense - \r\nImpatient du ciel atteint - \r\nSe brûlant au feu qu'il enfante - \r\nComme la nuit pour le matin - \r\nInsensible même à sa perte - \r\nJoyeux pour une porte ouverte - \r\nSur l'abîme de son destin.
Dans la mine ou dans la mâture - \r\nL'homme ne rêve qu'au futur - \r\nJoueur d'échecs dont la partie - \r\nPerdus ses chevaux et ses tours - \r\nEt tout espoir anéanti - \r\nPour d'autres rois sur d'autres cases - \r\nPour d'autres pions sur d'autres bases - \r\nVa se poursuivre lui parti.
L'homme excepté rien qui respire - \r\nNe s'est inventé l'avenir - \r\nRien même Dieu pour qui le temps - \r\nN'est point mesure à l'éternel - \r\nEt ne peut devenir étant - \r\nL'immuabilité divine - \r\nL'homme est un arbre qui domine - \r\nSon ombre et qui voit en avant.
L'avenir est une campagne - \r\nContre la mort Ce que je gagne - \r\nSur le malheur C'est le terrain - \r\nQue la pensée humaine rogne - \r\nPied à pied comme un flot marin - \r\nToujours qui revient où naguère - \r\nSon écume a poussé sa guerre - \r\nEt la force du dernier grain.
L'avenir c'est ce qui dépasse - \r\nLa main tendue et c'est l'espace - \r\nAu-delà du chemin battu - \r\nC'est l'homme vainqueur par l'espèce - \r\nAbattant sa propre statue - \r\nDebout sur ce qu'il imagine - \r\nComme un chasseur de sauvagines - \r\nDénombrant les oiseaux qu'il tue.
Tombez ô lois aux pauvres faites - \r\nVoici des fruits pour d'autres fêtes - \r\nOù je me sois mon propre feu - \r\nVoici des chiffres et des fèves - \r\nNous changeons la règle du jeu - \r\nPour demain fou que meure hier - \r\nLe calcul prime la prière - \r\nEt gagne l'homme ce qu'il veut.
L'avenir de l'homme est la femme - \r\nElle est la couleur de son âme - \r\nElle est sa rumeur et son bruit - \r\nEt sans elle il n'est qu'un blasphème - \r\nIl n'est qu'un noyau sans le fruit - \r\nSa bouche souffle un vent sauvage - \r\nSa vie appartient aux ravages - \r\nEt sa propre main le détruit.
Je vous dis que l'homme est né pour - \r\nLa femme et né pour l'amour - \r\nTout du monde ancien va changer - \r\nD'abord la vie et puis la mort - \r\nEt toutes choses partagées - \r\nLe pain blanc les baisers qui saignent - \r\nOn verra le couple et son règne - \r\nNeiger comme les orangers.
L'avenir de l'homme est la femme.
Quand tu dors dans mes bras je peux longuement caresser ton âme - \r\nAinsi tu ne m'as pas quitté je t'ai retenue ô ma femme - \r\nSi légère à mes bras fermés qui dors dans ton souffle léger - \r\nTu ne m'as pas quitté pour un songe tu n'y as pas songé -
Quand tu dors dans mes bras je peux longuement caresser ton âme.
Si légère que je craignais que le moindre souffle t'emporte - \r\nEt que je fermais bien mes bras de peur que ton âme n'en sorte - \r\nTu ne m'as pas quitté mon âme et mes bras ô ma bien-aimée - \r\nSont demeurés autour de toi fermés comme un anneau fermé
Comme tu es légère légère en ton sommeil puéril - \r\nAbandonnée et confiante abandonnée à tes périls - \r\nO léger souffle de ma vie ô douce à veiller cœur sans bruit - \r\nÉmerveillé que je te garde et te regarde dans la nuit

Œuvres de Louis Aragon

Aimer à perdre la raison (1971) (Interprété par Jean Ferrat)Anicet ou le Panorama (1921)Art poétiqueAurélien (1945)Blanche ou l'OubliBlanche ou l'Oubli (1967)Bulletin Dada n° 6, matinée du 5 février 1920C'est si peu dire que je t'aime (1971) (Interprété par Jean Ferrat)Cantique à Elsa (1942)Chanson du siège de La RochelleChronique du bel cantoDans Le Monde, 13 septembre 1967.Dans Le Temps immobile, Tome VI de Claude Mauriac.ElsaEn français dans le texteEst-ce ainsi que les hommes viventFeu de joie (1919)Feu de joie (1919), SecousseHourra l'OuralIl n'y a pas d'amour heureux (1943)