Œuvre

Le Fou d'Elsa (1963)

J'ai réinventé le passé pour voir la beauté de l'avenir.
L'avenir c'est ce qui dépasse la main tendue.
Je vous dis que l'homme est né pour - \r\nLa femme et né pour l'amour - \r\nTout du monde ancien va changer - \r\nD'abord la vie et puis la mort - \r\nEt toutes choses partagées - \r\nLe pain blanc les baisers qui saignent - \r\nOn verra le couple et son règne - \r\nNeiger comme les orangers.
L'esprit au fond du ciel trop grand - S'égare faute d'alidade ...
Il n'y a plus de charbon, plus une arrobe.
J'ai réinvente le passé pour dépasser ce présent aussitôt dévolu aussitôt révolu.
L'avenir de l'homme est la femme - \r\nElle est la couleur de son âme - \r\nElle est sa rumeur et son bruit - \r\nEt sans elle il n'est qu'un blasphème - \r\nIl n'est qu'un noyau sans le fruit - \r\nSa bouche souffle un vent sauvage - \r\nSa vie appartient aux ravages - \r\nEt sa propre main le détruit.
Vous me mettrez en terre, - Comme une étoile au fond d'un trou. - L'avenir, c'est ce qui dépasse - La main tendue et c'est l'espace - Au-delà du chemin battu.
Il n'est qu'amour qui vivre vaille.
Qu'on nous méprise et qu'on nous raille - Rien ni personne n'y peut faire - Il n'est qu'amour qui vivre vaille - Le coeur y brûle comme paille - Et fait paradis de l'enfer.
Mon amour ce qui fut sera - Le ciel est sur nous comme un drap - J'ai refermé sur toi mes bras - Et tant je t'aime que j'en tremble - Aussi longtemps que tu voudras - Nous dormirons ensemble.
Je peux bien dire qu'il fait beau - Même s'il pleut sur mon visage - Croire au soleil quand tombe l'eau.
Comme à l'homme est propre le rêve - \r\nIl sait mourir pour que s'achève - \r\nSon rêve à lui par d'autres mains - \r\nSon cantique sur d'autres lèvres - \r\nSa course sur d'autres chemins - \r\nDans d'autres bras son amour même - \r\nQue d'autres cueillent ce qu'il sème - \r\nSeul il vit pour le lendemain.
S'oublier est son savoir-faire - \r\nL'homme est celui qui se préfère - \r\nUn autre pour boire son vin - \r\nL'homme est l'âme toujours offerte - \r\nCelui qui soi-même se vainc - \r\nQui donne le sang de ses veines - \r\nSans rien demander pour sa peine - \r\nEt s'en va nu comme il s'en vint.
Il est celui qui se dépense - \r\nEt se dépasse comme il pense - \r\nImpatient du ciel atteint - \r\nSe brûlant au feu qu'il enfante - \r\nComme la nuit pour le matin - \r\nInsensible même à sa perte - \r\nJoyeux pour une porte ouverte - \r\nSur l'abîme de son destin.
Dans la mine ou dans la mâture - \r\nL'homme ne rêve qu'au futur - \r\nJoueur d'échecs dont la partie - \r\nPerdus ses chevaux et ses tours - \r\nEt tout espoir anéanti - \r\nPour d'autres rois sur d'autres cases - \r\nPour d'autres pions sur d'autres bases - \r\nVa se poursuivre lui parti.
L'homme excepté rien qui respire - \r\nNe s'est inventé l'avenir - \r\nRien même Dieu pour qui le temps - \r\nN'est point mesure à l'éternel - \r\nEt ne peut devenir étant - \r\nL'immuabilité divine - \r\nL'homme est un arbre qui domine - \r\nSon ombre et qui voit en avant.
L'avenir est une campagne - \r\nContre la mort Ce que je gagne - \r\nSur le malheur C'est le terrain - \r\nQue la pensée humaine rogne - \r\nPied à pied comme un flot marin - \r\nToujours qui revient où naguère - \r\nSon écume a poussé sa guerre - \r\nEt la force du dernier grain.
L'avenir c'est ce qui dépasse - \r\nLa main tendue et c'est l'espace - \r\nAu-delà du chemin battu - \r\nC'est l'homme vainqueur par l'espèce - \r\nAbattant sa propre statue - \r\nDebout sur ce qu'il imagine - \r\nComme un chasseur de sauvagines - \r\nDénombrant les oiseaux qu'il tue.
Tombez ô lois aux pauvres faites - \r\nVoici des fruits pour d'autres fêtes - \r\nOù je me sois mon propre feu - \r\nVoici des chiffres et des fèves - \r\nNous changeons la règle du jeu - \r\nPour demain fou que meure hier - \r\nLe calcul prime la prière - \r\nEt gagne l'homme ce qu'il veut.
L'avenir de l'homme est la femme - \r\nElle est la couleur de son âme - \r\nElle est sa rumeur et son bruit - \r\nEt sans elle il n'est qu'un blasphème - \r\nIl n'est qu'un noyau sans le fruit - \r\nSa bouche souffle un vent sauvage - \r\nSa vie appartient aux ravages - \r\nEt sa propre main le détruit.
Je vous dis que l'homme est né pour - \r\nLa femme et né pour l'amour - \r\nTout du monde ancien va changer - \r\nD'abord la vie et puis la mort - \r\nEt toutes choses partagées - \r\nLe pain blanc les baisers qui saignent - \r\nOn verra le couple et son règne - \r\nNeiger comme les orangers.
L'avenir de l'homme est la femme.