J'aime les beaux poèmes, les vues bouleversantes et tout l'au-delà de ces vers. Je suis comme pas un sensible à ces mots merveilleux laissés dans notre nuit par quelques hommes que je n'ai pas connus.
Si l'église catholique avait cherché de bonne foi la réduction de l'absurde concept du vice, tentative qui est celle du marquis de Sade, elle aurait droit à quelque considération.
Je parle un langage de décombres où voisinent les soleils et les plâtras. Car j'annexe également les miettes multicolores des villes.
La femme est dans le feu, dans le fort, dans le faible, la femme est dans le fond des flots, dans la fuite des feuilles, dans la feinte solaire où comme un voyageur sans guide et sans cheval j'égare ma fatigue en une féerie sans fin.
Pour un amour éteint que de feux vont renaître.
Il y aura toujours un couple frémissant - Pour qui ce matin-là sera l'aube première - Il y aura toujours l'eau le vent la lumière - Rien ne passe après tout si ce n'est le passant.
La nuit de nos villes ne ressemble plus à cette clameur des chiens des ténèbres latines, ni à la chauve-souris du Moyen Age, ni à cette image des douleurs qui est la nuit de la Renaissance. C'est un monstre immense de tôle, percé mille fois de couteaux.
Le roman, c'est la clef des chambres interdites de notre maison. Les prophètes qui annoncent un monde sans romans pour demain ou après-demain imaginent-ils ce que cela serait, un monde sans romans ? Je les en défie bien.
Fixer la pensée avec des mots m'est naturel comme respirer. Si je ne le fais pas, je meurs, j'asphyxie. S'en satisfaire est autre chose. Je ne m'en satisfaisais pas.
Ce qui est menti dans le roman est l'ombre sans quoi vous ne verriez pas la lumière.
Ce qui est menti dans le roman sert de substratum à la vérité.
On ne se passera jamais du roman, pour cette raison que la vérité fera toujours peur, et que le mensonge romanesque est le seul moyen de tourner l'épouvante des ignorantins dans le domaine propre au romancier.
Que ce soit dimanche ou lundi - Soir ou matin minuit midi - Dans l'enfer ou le paradis - Les amours aux amours ressemblent - C'était hier que je t'ai dit - Nous dormirons ensemble.
C'était hier et c'est demain - Je n'ai plus que toi de chemin - J'ai mis mon coeur entre tes mains - Avec le tien comme il va l'amble - Tout ce qu'il a de temps humain - Nous dormirons ensemble.
Le concret, c'est indescriptible : à savoir que la terre est ronde, que voulez-vous que ça me fasse ?
Mais celle ci, ce n'est pas la parole qui lui manque. C'est d'être. Ce n'est pas une femme, c'est l'absence. Inutile de lui sourire. Elle est ailleurs, elle est l'ailleurs, la fin muette de la nuit.
Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine - Si ce n'est pas pour ceux dont tu rêves souvent - Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes - La nuit s'éveillant dans tes veines - Et qui parle à ton coeur comme au voilier le vent.
Tout de même la littérature est une affaire sérieuse, pour un pays, elle est, au bout du compte, son visage.
Affreuse nudité de l'homme dans l'orage - \r\n La catastrophe arrive alors qu'il somnolait - \r\n Ou que sans se presser il rentrait le fourrage - \r\n Et sur le feu la femme oublie alors le lait
Lorsqu'un peuple s'enfuit devant l'envahisseur - \r\n Il laisse sur ses pas les ruines de sa vie - \r\n Une salle de bal à l'aube sans danseurs - \r\n La table du repas qu'on n'a pas desservie
Rien ne peut altérer la chanson que je chante - \r\n Même si quelqu'un d'autre avait à la chanter - \r\n Une plainte étranglée en renaît plus touchante - \r\n Quand l'écho la reprend avec fidélité
Le crime de rêver je consens qu'on l'instaure <br< Si je rêve c'est bien de ce qu'on m'interdit <br< Je plaiderai coupable Il me plaît d'avoir tort <br< Aux yeux de la raison le rêve est un bandit.
Je parle avec les mots des jours patibulaires - \r\n Où le maître bâtit le temple qu'il lui plaît - \r\n Et baptise raison dans son vocabulaire - \r\n Le loisir d'à nos poings passer cabriolet.
Il faudrait rendre sens aux mots blasphématoires - \r\n Refaire un coeur saignant à ceux qui n'en ont plus - \r\n Ceux qui ne pleurent pas pour une belle histoire - \r\n Méritent-ils le ciel qui leur est dévolu
Pour mes amis morts en Mai - \r\nEt pour eux seuls désormais - \r\n\r\nQue mes rimes aient le charme - \r\nQu'ont les larmes sur les armes - \r\n\r\nEt que pour tous les vivants - \r\nQui changent avec le vent - \r\n\r\nS'y aiguise au nom des morts - \r\nL'arme blanche du remords\r\n
Œuvres de Louis Aragon
Aimer à perdre la raison (1971) (Interprété par Jean Ferrat)Anicet ou le Panorama (1921)Art poétiqueAurélien (1945)Blanche ou l'OubliBlanche ou l'Oubli (1967)Bulletin Dada n° 6, matinée du 5 février 1920C'est si peu dire que je t'aime (1971) (Interprété par Jean Ferrat)Cantique à Elsa (1942)Chanson du siège de La RochelleChronique du bel cantoDans Le Monde, 13 septembre 1967.Dans Le Temps immobile, Tome VI de Claude Mauriac.ElsaEn français dans le texteEst-ce ainsi que les hommes viventFeu de joie (1919)Feu de joie (1919), SecousseHourra l'OuralIl n'y a pas d'amour heureux (1943)