Œuvre

Elsa

Il est plus facile de mourir que d'aimer. - C'est pourquoi je me donne le mal de vivre. - Mon amour...
Quand tu dors dans mes bras je peux longuement caresser ton âme - \r\nAinsi tu ne m'as pas quitté je t'ai retenue ô ma femme - \r\nSi légère à mes bras fermés qui dors dans ton souffle léger - \r\nTu ne m'as pas quitté pour un songe tu n'y as pas songé -
Quand tu dors dans mes bras je peux longuement caresser ton âme.
Si légère que je craignais que le moindre souffle t'emporte - \r\nEt que je fermais bien mes bras de peur que ton âme n'en sorte - \r\nTu ne m'as pas quitté mon âme et mes bras ô ma bien-aimée - \r\nSont demeurés autour de toi fermés comme un anneau fermé
Comme tu es légère légère en ton sommeil puéril - \r\nAbandonnée et confiante abandonnée à tes périls - \r\nO léger souffle de ma vie ô douce à veiller cœur sans bruit - \r\nÉmerveillé que je te garde et te regarde dans la nuit
Je vois venir avec lenteur au plafond la raie coutumière - \r\nLe doigt de l'aube sur sa bouche avant la musique ramière - \r\nPâle blanche comme les draps encore obscurs où nous bougeons - \r\nQui fend peu à peu les rideaux du roucoulement des pigeons
Il vient du dehors dans la chambre un chambard de choses humaines - \r\nLe clair claquement d'un volet Le jour qui reprend son domaine - \r\nDes pas d'asphalte Un enrouement brutal de la rue et des roues - \r\nDes freins des voix un brimbalement de poubelles qui s'ébrouent
On se partage le malheur comme une sorte de tribut - \r\nMais notre bonheur est un vin que tout le monde n'a pas bu
Le bonheur je n'ai jamais pu me faire à son accoutumance - \r\nJe tremble pour lui tous les jours à cette heure où le jour commence - \r\nCe jour sans toi jusqu'à présent qu'on ne peut dire commencé - \r\nCe jour désert d'avant le jour comme un rêve avant la pensée
Et que ce soit le jour suivant ce n'est après tout qu'on détail - \r\nSi l'amour chaque jour grandit c'est au côté comme une entaille - \r\nEt qu'est-ce que c'est que l'amour qui n'en est qu'au commencement - \r\nQuand on a tout le temps de voir tes yeux s'ouvrir immensément
Et qu'est-ce que c'est que l'amour qui n'en est qu'au commencement - \r\nQuand on a tout le temps de voir tes yeux s'ouvrir immensément
L'avare jusqu'au bout dans ses bras entend serrer son trésor - \r\nIl ne peut pas imaginer autre dénouement à son sort - \r\nComme lui je vois clairement le visage de mon destin - \r\nO mon or entre mes bras dans la blancheur du dernier matin
Heureux celui qui s'endort dans l'accomplissement de son vice - \r\nJe ferai de ma mort mon chef-d’œuvre un chef-d’oeuvre d'avarice - \r\nJ'entrerai dans la nuit comme un homme en plein émerveillement - \r\nEt qu'on ne vienne pas dire après que je n'ai pas su comment
Pour toi je fermerai paisiblement mes yeux à la lumière - \r\nCe sera l'un de ces matins où je dors plus longtemps que toi - \r\nTu m'attendras comme tu fais souvent quand mon sommeil s'obstine - \r\nEt des volets viendront danser sur les murs et dans ta rétine - \r\nLes points d'or d'un jour commencé qui déjà caresse les toits - \r\nTu m'attendras comme parfois quand je traîne au fond de mes brumes - \r\nLégèrement tu bougeras ta tête dans les oreillers
Mais je n'ouvrirai pas les yeux J'aurai ce visage immobile - \r\nQue je m'ignore et ne pourrais que d'après toi réinventer - \r\nD'après cette aube de ton front et cette bouche à mon côté - \r\nEt les pavots baissés sur le regard la soie grège des cils
J'aurai ce visage à toi seule un visage fait pour qui j'aime - \r\nJ'aurai ce visage secret fait pour la vie où je l’aimais.