Le vent bombe la voile emplie, - L'écume argente au loin la mer.
Auteur
Charles Marie René Leconte de Lisle
Un sombre Ethiopien dégaine d'un poing ferme - Le sabre grêle et long tant de fois éprouvé.
Tel que la haute mer contre les durs rivages, - A la grande tuerie ils se sont tous rués, - Ivres et haletants, par les boulets troués, - En d'épais tourbillons pleins de clameurs sauvages.
Tout! Tout a disparu, sans échos et sans traces, - Avec le souvenir du monde jeune et beau.
Les éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes, - Vont au pays natals à travers les déserts - ... - L'oreille en éventail, la trompe entre les dents, - Ils cheminent, l'oeil clos.
L'hippopotame souffle aux berges du Nil blanc - Et vautre, dans les joncs rigides qu'il écrase, - Son ventre rose et gras tout cuirassé de vase.
L'angoisse d'être au monde autant que l'épouvante - De la mort, voue au feu stupide de l'Enfer - L'holocauste fumant sur son autel de fer!
A la pente du roc que la flamme pénètre, - Le lézard souple et long s'enivre de sommeil, - Et, par instants, saisi d'un frisson de bien-être, - Il agite son dos d'émeraude au soleil.
Vous dormirez, couché sur des pierres fort dures, - Au fond de l'in-pace, dans vos propres ordures, - Macérant votre chair et domptant votre esprit.
Il fend le tourbillon des rauques étendues, - Et, tranquille au milieu de l'épouvantement, - Vient, passe, et disparait majestueusement.
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil, - Fait onduler son dos dont l'écaille étincelle.
Sur les blancs nénuphars, l'oiseau ployant ses ailes, - Buvait de son bec rose en ce bassin charmant.
Dans l'immense largeur du Capricorne au Pôle - Le vent beugle, rugit, siffle, râle et miaule, - Et bondit à travers l'Atlantique tout blanc.
Soit voué, misérable, à l'angoisse, à la haine, - A la luxure, à la soif de l'or et du sang, - A la peur, avant-goût de l'ardente Géhenne!
Iles, séjours des Dieux! Hellas, mère sacrée! - Oh! que ne suis-je né dans le saint Archipel - Aux siècles glorieux où la Terre inspirée - Voyait le Ciel descendre à son premier appel!
Ceinte d'astres, la Nuit au milieu de sa course, - Vers l'Occident plus noir poussait le char de l'Ourse. - Tout se taisait, les monts, les villes et les bois, - Les cris du misérable et le souci des rois; - Les Dieux dormaient, rêvant l'odeur des sacrifices.
Montez, saintes rumeurs, paroles surhumaines, - Entretien lent et doux de la terre et du ciel! - Montez, et demandez aux étoiles sereines - S'il est pour les atteindre un chemin éternel.
L'Ecclésiaste a dit: Un chien vivant vaut mieux - Qu'un lion mort. Hormis, certes, manger et boire, - Tout n'est qu'ombre et fumée. Et le monde est très vieux, - Et le néant de vivre emplit la tombe noire.
Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures. - J'ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil. - Jeune, brave, riant, libre, et sans flétrissures, - Je vais m'asseoir parmi les Dieux, dans le soleil.
Jeune homme, qui choisis pour ta couche azurée - La fontaine des bois aux flots silencieux, - Nul ne sait la liqueur qui te fut mesurée - Au calice éternel des esprits soucieux.
Le sable rouge est comme une mer sans limite, - Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits, - Noyés dans le néant des suprêmes ennuis, - Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.
De puis Homère, Eschyle et Sophocle, qui représentent la poésie dans sa vitalité, dans sa plénitude et dans son unité harmonique, la décadence et la barbarie ont envahi l'esprit humain.
Soit comme un loup blessé qui se tait pour mourir, - Et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne.
Plus que le repos sur la mousse, - Plus que les chants harmonieux, - Ma richesse, c'est ta voix douce, - C'est ton regard, rayon des cieux.
Œuvres de Charles Marie René Leconte de Lisle
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