Midi, roi des étés, épandu sur la plaine, - Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu. - Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine. - La terre est assoupie en sa robe de feu.
Auteur
Charles Marie René Leconte de Lisle
O vents! emportez-nous vers les Dieux inconnus!
Il s'enlève en fouettant l'âpre neige des Andes, - Dans un cri rauque il monte où n'atteint pas le vent, - Et loin du globle noir, loin de l'astre vivant, - Il dort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes.
Il y a dans l'aveu public des angoisses du coeur une vanité et une profanation gratuites.
Et toi, divine mort, où tout rentre et s'efface, - Accueille tes enfants dans ton ciel étoilé; - Affranchis-nous du temps, du nombre et de l'espace, - Et rends-nous le repos que la vie a troublé.
J'ai vécu, je suis mort, - Inerte, blême, au fond d'un lugubre entonnoir. - Je descends d'heure en heure, d'année en année, - A travers le Muet, l'Immobile et le Noir.
Tel que la haute mer contre les durs rivages, - A la grande tuerie ils se sont tous rués, - Ivres et haletants, par les boulets troués, - En d'épais tourbillons pleins de clameurs sauvages.
Non loin, quelques boeufs blancs, couchés parmi les herbes, - Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais, - Et suivent de leurs yeux languissants et superbes - Le songe intérieur qu'ils n'achèvent jamais.
Le spectre monstrueux d'un univers détruit, - Jeté comme une épave à l'Océan du vide.
Les sillons de l'espace où fermentent des mondes.
Victorieux, vaincus, fantasins, cavaliers - Les voici maintenant, blêmes, muets, farouches, - Les poings fermés, serrant les dents, et les yeux louches - Dans la mort furieuse étendus par milliers.
Soit comme un loup blessé qui se tait pour mourir, - Et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne.
La nature se rit des souffrances humaines; - Ne contemplant jamais que sa propre grandeur, - Elle dispense à tous ses forces souveraines - Et garde pour sa part le calme et la splendeur.
La terre s'ouvre, un peu de chair y tombe; - Et l'herbe de l'oubli, cachant bientôt la tombe, - Sur tant de vanité croît éternellement.
La terre prolongeait en bas, immense et sombre, - Les continents battus par la houle des mers; - Au-dessus flamboyait le ciel plein d'univers; - Mais Lui ne regardait que l'abîme de l'ombre.
En bas, gît le marais des Lâches, des Jaloux, - Des Hypocrites vils, des Fourbes, des Parjures. - Ils grouillent dans la boue et creusent des remous, - Ils geignent, bossués de pustules impures.
Je t'aime et te salue, ô vierge magnanime! - Quand l'orage ébranla le monde paternel, - Tu suivis dans l'exil cet Oedipe sublime, - Et tu l'enveloppas d'un amour éternel.
Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin - Où, sur un grand tas d'or vautrés dans quelque coin, - Ayant rongé le sol nourricier jusqu'aux roches.
Lumière, où donc es-tu? Peut-être dans la mort.
Moi, toujours, à jamais, j'écoute, épouvanté, - Dans l'ivresse et l'horreur de l'immortalité, - Le long rugissement de la Vie éternelle.
Toi, dont la vieille terre est avide, je t'aime, - Brûlante effusion du brave et du martyr, - Où l'âme se retrempe au moment de partir!
Victorieux, vaincus, fantassins, cavaliers, - Les voici, maintenant, blêmes, muets farouches, - Les poings fermés serrant les dents, et les yeux louches, - Dans la mort furieuse étendus par milliers.
O boucherie! o soif du meurtre! acharnement - Horrible! odeur des morts qui suffoquent et navres! - Soyez maudits devant ces cent mille cadavres - Et la stupide horreur de cet égorgement.
Laissant pendre sa flûte au bout de son bras nu, - L'aigipan, renversé sur le rameau qui ploie, - Rêve, les yeux mi-clos, avec un air de joie, - Qu'il surprend l'oréade en son antre inconnu.
Et le son de ta voix m'enivre et chante mieux - Que la blanche Apsara sous le figuier des Dieux!
Œuvres de Charles Marie René Leconte de Lisle
La tristesse du DiableLa vision de SnorrLe Soir d'une bataille (1871)Poèmes antiques (1852)Poèmes antiques (1852), Dies iraePoèmes antiques (1852), HypatiePoèmes antiques (1852), L'enfance d'HéraklèsPoèmes antiques (1852), MidiPoèmes antiques (1852), NoxPoèmes antiques (1852), PaysagePoèmes antiques (1852), PréfacePoèmes antiques (1852), Vénus de MiloPoèmes antiques, Cunacepa (1855)Poèmes barbares (1862)Poèmes barbares (1862), Aux ModernesPoèmes barbares (1862), In ExcelsisPoèmes barbares (1862), L'EcclésiastePoèmes barbares (1862), L'oasisPoèmes barbares (1862), La Fontaine aux lianesPoèmes barbares (1862), La Ravine Saint-Gilles