De même que les nerfs réclament une quantité de morphine de plus en plus grande, de même l'âme a besoin de plus en plus de pitié et finalement elle en veut plus qu'on ne peut lui en donner.
Je ne pourrai pas penser, pas respirer, pas sentir, aussi longtemps que je ne saurai pas que tu m'as pardonné. Je ne pourrais vivre plus longtemps si tu me refusais le droit de t'aimer.
Il n'y a que les pauvres qui puissent être aussi sincèrement reconnaissants, eux seuls, pour qui le comble de la jouissance est un plaisir gratuit, offert en quelque sorte par le ciel.
Vouloir jouer aux échecs avec soi-même est aussi paradoxal que de vouloir marcher sur son ombre.
Aucune souffrance n'est plus sacrée que celle qui par pudeur n'ose pas se manifester.
Il n'y a pas d'intelligence philologique possible, si l'on ne pénètre pas la vie même; il n'y a pas d'étude grammaticale des textes sans la connaissance des valeurs.
Combien reste impénétrable dans chaque destinée le noyau véritable de l'être, la cellule plastique d'où jaillit toute croissance!
Etant elle-même beauté, la jeunesse n'a pas besoin de sérénité: dans l'excès de ses forces vives, elle aspire au tragique, et dans sa naïveté, elle se laisse volontiers vampiriser par la mélancolie.
L'homme qui sait n'éprouve pas de joie égale à celle qu'on trouve dans l'ombre, de frisson aussi puissant que celui que le danger glace et pour lui, aucune souffrance n'est plus sacrée que celle qui par pudeur n'ose pas se manifester.
On ne reconnaît jamais un phénomène, une individualité, qu'à sa flamme, qu'à sa passion. Car tout esprit vient du sang, toute pensée vient de la passion, toute passion de l'enthousiasme.
En vieillissant, on cherche sa propre jeunesse et on éprouve des joies stupides à partir de petits souvenirs.
L'amour ne devient vraiment lui-même qu'à partir du moment où il cesse de flotter, douloureux et sombre, comme un embryon, à l'intérieur du corps, et qu'il ose se nommer, s'avouer du souffle et des lèvres.
On ne nous faisait rien - on nous laissait seulement en face du néant, car il est notoire qu'aucune chose au monde n'oppresse davantage l'âme humaine.
La passion de gagner, de vaincre, de me vaincre moi-même devenait peu à peu une sorte de fureur; je tremblais d'impatience, car l'un des deux adversaires que j'abritais était toujours trop lent au gré de l'autre.
Il est intolérable de rester le regard fixé sur sa vie durant sur un seul point de son existence.
Un génie et son époque sont comme deux mondes qui, il est vrai, échangent entre eux leurs lumières et leurs ombres, - mais tout en se mouvant dans des sphères différentes, lesquelles se croisent dans leur course circulaire, mais ne s'unissent jamais.
L'amour ne vit et ne respire que dans la parole.
Balzac ne doit pas être jugé d'après un de ses livres pris en particulier, mais d'après l'ensemble ; il doit être considéré comme un paysage avec sa montagne et sa vallée, son horizon illimité, ses crevasses traîtresses et ses torrents rapides.
L'homme de lettres doit s'abstenir des femmes, elles lui font perdre son temps, on doit se borner à leur écrire, cela forme le style.
Le terrible acide qui s'appelle Paris dissout les uns, les ronge, les élimine et les fait disparaître, tandis qu'il cristallise, durcit et pétrifie les autres.
L'Histoire n'aime pas les répétitions.
Et vous, ombres rêvées, et pourtant ressenties, - Venez coller vos lèvres brûlantes aux miennes, - Boire à mon sang le sang, et le souffle à ma bouche ! - Montez.
On ne prête qu'aux riches cette parole du Livre de la Sagesse, tout écrivain peut la reprendre à son compte : On ne se raconte qu'à ceux qui ont beaucoup raconté.
Mieux vaut paraître insensible que larmoyant, mieux vaut sembler sans grâce que pathétique, logique que lyrique !
On ne sent vraiment bien le poète que dans le moment de passion de ses héros.
Œuvres de Stefan Zweig
AmerigoAmokClarissa (1992)Correspondance 1920-1931 (2005), Lettre à Victor Fleischer, 1926Correspondance 1932-1942Correspondance inéditeDestruction d'un coeur (1931)Erasme, Grandeur et décadence d' une idée (1935)Fragment d'une nouvelleFreudHistoire d'une déchéanceIvresse de la métamorphose (1984)Joseph Fouché (1930)L'amour d'Erika EwaldLa Confusion des sentiments (1927)La Peur (1925)La Pitié dangereuse (1939)La contrainteLa contrainte (1992)La ruelle au clair de lune