Œuvre

Lettre d'une inconnue (1922)

Rien n'existait pour moi que dans la mesure où cela se rapportait à toi; rien dans mon existence n'avait de sens si cela n'avait pas de lien avec toi.
Daigne, je t'en supplie, ne pas te lasser d'entendre parler de moi un quart d'heure, moi qui, toute une vie, ne me suis pas lassée de t'aimer.
Tout ce qui montait et s'épanouissait dans mon être ne connaissait que toi, ne savait que rêver de toi et te prendre pour confident.
Et vous, ombres rêvées, et pourtant ressenties, - Venez coller vos lèvres brûlantes aux miennes, - Boire à mon sang le sang, et le souffle à ma bouche ! - Montez.
Je t'attendais, je t'attendais toujours, comme, pendant toute ma destinée, j'ai attendu devant ta vie qui m'étais fermée.
C'est une morte qui te raconte sa vie, sa vie qui a été à toi, de sa première à sa dernière heure de conscience. N'aie pas peur de mes paroles : une morte ne réclame plus rien elle ne réclame ni amour, ni compassion, ni consolation.
Les hommes qui mènent une vie étroite sont toujours curieux de toutes les nouveautés qui passent devant leur porte.
Je regardais là-haut, toujours là-haut : là il y avait de la lumière, là était la maison, là tu étais, toi mon univers.
Quand j'ouvrais les yeux dans l'obscurité et que je te sentais à mon côté, je m'étonnais que les étoiles ne fussent pas au-dessus de ma tête, tellement le ciel me semblait proche dans l'ombre, j'ai pleuré de bonheur.
Toute ma vie, depuis que je suis sortie de l'enfance, a-t-elle été autre chose qu'une attente, l'attente de ta volonté ?