Œuvre

La Peur (1925)

Mais il est une mollesse de l'atmosphère qui rend plus sensuel que l'orage ou la tempête, une modération du bonheur plus énervante que le malheur.
Il n'y a que les pauvres qui puissent être aussi sincèrement reconnaissants, eux seuls, pour qui le comble de la jouissance est un plaisir gratuit, offert en quelque sorte par le ciel.
La véritable Angleterre c'est Shakespeare et les Shakespeariens ; tout ce qui précède n'est que préparation, tout ce qui suit n'est qu'une contrefaçon boiteuse de cet élan original et hardi vers l'infini.
La peur frappait maintenant comme un heurtoir hésitant contre chaque petit souvenir, pour trouver l'entrée des chambres secrètes de son coeur.
Brusquement elle mesurait l'immense richesse de la vie et elle sut que plus une seule heure de son existence ne pourrait être pauvre et maintenant que tout allait vers sa fin, elle pressentait un commencement.
La peur est pire que la punition, car cette dernière est précise importante ou minime, elle est toujours préférable à la tension horrible et diffuse de l'incertitude.