Auteur

Christian Bobin

Vous étiez comme un moineau sautillant dans mon coeur. J'apprenais le langage des grands arbres. Le moindre écart et vous vous envoliez jusqu'à ce ciel en vous, inaccessible.
Une jolie femme qui n'a aucun souci de plaire est d'emblée sans rivale, au sommet de toute beauté comme le sont les roses et les saintes.
Ce que l'on aime est comme une Mère. Cela nous enfante et nous régénère.
A quoi reconnaît-on les gens fatigués. A ce qu'ils font des choses sans arrêt. A ce qu'ils rendent impossible l'entrée en eux d'un repos, d'un silence, d'un amour.
Je sais que les morts ne sont pas dans la mort, je sais que les morts sont dans un monde qui n'est séparé du notre que par un mince filet de lumière.
Les mots de l'amour sont comme l'amour que l'on fait, ils demandent la nuit, l'éclat sans égal de la nuit. On aime. On écrit.
Les mots n'ont pas si grande importance, qu'avons-nous à nous dire dans la vie, sinon bonjour, bonsoir, je t'aime et je suis là encore, pour un peu de temps vivante sur la même terre que toi.
Savoir qu'on est vivant est tout savoir.
L'absence de vérité dans une voix est pire que la fin du monde.
Le temps qui passe est un ami précieux qui nous dépouille du superflu.
C'est une vieille loi du monde, une loi écrite : celui qui a quelque chose en plus a, dans le même temps, quelque chose en moins.
Devant la mort nous serons comme à notre naissance, radicalement privés de toute puissance.
Les gens croient montrer leur profondeur quand ils brassent des opinions. Mais les opinions sont des branches mortes flottant sur l'eau croupie de l'époque.
Je suis vivant parce qu'on m'a parlé et aimé. Je suis vivant parce que, dès les premières heures, ma mère et le côté pluie de la neige m'ont parlé avec amour.
Ce dont nous rêvons, en vérité, c'est d'être préférés-aimés, oui, mais un peu plus que les autres. Préférés.
Le verbe est un soleil impérissable.
Les parents voient leurs enfants, jamais leurs âmes.
La poésie est la fille infirme du ciel, la silencieuse défaite du monde et de sa science.
Les poèmes serrés sur le papier diffusent la même lumière d'or que le blé rassemblé en meules dans le pré.
Un poète, c'est joli quand un siècle a passé, que c'est mort dans la terre et vivant dans les textes.
Tout mariage est un subtil alliage de mort et de résurrection.
Ecrire est une manière d'apaiser la fièvre du premier matin du monde, qui revient chaque jour.
Le génie est une réponse à l'impossibilité de vivre, le bondissement du cerf au-dessus de la meute.
L'âme est le goût de l'absolu donc de la perte - la pelote de lumière lancée violemment contre le haut mur de la mort, et les rebonds qu'elle fait dans la pensée.
J'aime tant les livres que je ne peux passer un jour sans poser ma main sur le front d'une page imprimée pour sentir si elle a ou non de la fièvre.

Œuvres de Christian Bobin

Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)