Œuvre
Prisonnier au berceau (2005)
Une vie sans éclat et attentive au simple est semblable à ces coings à la peau duvetée et à l'apparence rugueuse qui, mûrissant dans l'ombre, embaument l'air du cellier - comme fait le corps d'un saint après sa mort.
Mes maîtres à l'école m'ont pendant des années parlé en vain: je n'ai rien retenu de ce qu'ils m'enseignaient, peut-être parce qu'ils le tiraient de leur certitude et non de l'ignorance printanière de leurs âme.
J'ai toujours dû la vie à ce que je voyais de pur.
L'âme métallique du Creusot déchire tous les beaux habits qu'on veut lui faire porter. Plongé dans l'atmosphère de cette ville, le cristal devient aussi pesant que l'acier.
Dans les années soixante, l'usine à midi et à six heures, toutes sirènes hurlantes, relâchait ses esclaves.
Le poinçon du sourire aux lèvres des mères quand les forteresses des écoles laissent échapper à midi leurs minuscules otages.
Plus la vie est simple - jusqu'à en être rude - et plus elle préserve sa beauté, comme une blessure dont les bords seraient francs.
La simple vie de chaque jour nous donne toute sa lumière puis s'en va, comme une invisible fiancée portant à son doigt une bague d'air, incrustée de silences scintillants.
La plus belle vie est celle qui exprime ce que la vie a de beau.
La vie est lumineuse d'être incompréhensible.
Les gens croient montrer leur profondeur quand ils brassent des opinions. Mais les opinions sont des branches mortes flottant sur l'eau croupie de l'époque.