Œuvre
Autoportrait au radiateur (2000)
Certains gestes ordinaires de la vie ordinaires font ainsi parfois plus que leur travail, dépassent l'utilitaire et réveillent une fée.
Finalement je n'aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie - pas celle que l'on subit, mais celle avec laquelle on danse.
L'humilité, c'est la clef d'or. Dès qu'on prétend la tenir dans sa main, elle s'évanouit.
L'art de la conversation est le plus grand art. Ceux qui aiment briller n'y entendent rien. Parler vraiment, c'est aimer et aimer vraiment, ce n'est pas briller, c'est brûler.
Mozart écrit, à propos d'un de ses concertos : C'est brillant, mais cela manque de pauvreté.
Les ailes, c'est le réel qui les donne - le réel contemplé de face, en face, tel qu'il est, nécessairement non conforme à nos souhaits.
Ce qui fait évènement, c'est ce qui est vivant et ce qui est vivant, c'est ce qui ne se protège pas de sa perte.
L'art de la conversation est le plus grand art. Ceux qui aiment briller n'y entendent rien. Parler vraiment c'est aimer, et aimer vraiment, ce n'est pas briller, c'est brûler.
Ta mort fait comme une île noire dans un océan de lumière. Pour te rejoindre, aucune barque. Il faudrait pouvoir marcher sur la lumière. Cela doit s'apprendre. Cela s'apprend.
La mort, chaque fois qu'elle survient, détruit un livre d'images.
Dans l'imaginaire, un écrivain est toujours mort, même quand il est vivant. Et les chanteurs, c'est l'inverse : même morts, ils sont vivants. Il me reste donc à écrire comme on chante.
Ici, là, un peu partout : un passage entre le visible et l'invisible. Une fenêtre mal fermée, une porte entrouverte par où arrive un peu de lumière. Sans invisible, nous ne verrions rien, nous serions dans le noir complet.
Tant que tu crois à la toute-puissance de l'amour, tu ne crois qu'à la puissance et à rien d'autre. C'est vrai que l'amour est invincible. Mais il ne l'est que dans l'exacte mesure où il est sans puissance aucune devant ce qui le tue.
C'est l'imprévu que j'espère, et lui seul. Partout, toujours. Dans les plis d'une conversation, dans le gué d'un livre, dans les subtilités d'un ciel. Ce à quoi je ne m'attends pas, c'est cela que j'attends.
Choses qui remplissent toute leur place et en elles-mêmes leur propre suffisance : nouer les lacets d'un petit enfant. Lire un livre d'une traite, avec la nuit alentour. Changer l'eau des fleurs. L'empreinte d'un moineau sur la neige fraîche. L'amour.
Choses qui viennent par défaut, à la place d'une autre : l'ambition. L'argent. Laver les vitres, classer des photos. La colère. Les voyages.
On peut très bien, par temps clair, entrevoir Dieu sur le visage du premier venu. Voila, c'est aussi simple que ça. Et personne ne nous a dit que ce qui était simple n'était pas déchirant.
Je me suis fait écrivain ou plus exactement je me suis laissé faire écrivain pour disposer d'un temps pur, vidé de toute occupation sérieuse.
Les hommes ? Non, je ne les vois pas. Et les pères encore moins. Et les maris pas du tout. C'est comme ça : je ne sais voir que les femmes et les enfants. Pour voir un peu de cette vie, il faut commencer par en oublier beaucoup.
Nous sommes plusieurs dans Moi. Dans ce plusieurs, un muet, par instants, prend le pouvoir, au grand soulagement des autres qui en profitent pour bavarder entre eux.