Œuvre

L'homme-joie (2012)

Je vois le vide qu'il y a entre les hommes, plus grand que celui qui sépare une étoile d'une autre étoile. Chacun travaille, travaille, travaille à son sombre intérêt et ceux qui n'y travaillent pas sont broyés.
Ecrire, c'est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l'ouvrir.
Les gitans, les chats errants et les roses trémières savent quelque chose sur l'éternel que nous ne savons plus.
Les fleurs sont les premières gouttes de pluie de l'éternel.
La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables.
Le silence est le cadeau des anges dont nous ne voulons plus, que nous ne cherchons plus à ouvrir.
Un livre est voyant ou il n'est rien. Son travail est d'allumer la lumière dans les palais de nos cerveaux déserts.
Aucune philosophie au monde n'arrive à la hauteur d'une seule marguerite, d'une seule ronce, d'un seul caillou discutant comme un moine rasé en tête à tête avec le soleil et riant, riant, riant.
Expliquer n'éclaire jamais. La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables.
Je rentre dans mon horloge suisse et m'endors en pensant comme chaque soir que le plus beau est à venir.
La beauté a puissance de résurrection. Il suffit de voir et d'entendre. C'est par distraction que nous n'entrons pas au paradis de notre vivant, uniquement par distraction.
Quand ils voient un miracle la plupart ferment les yeux.
C'est une manière sûre, pour reconnaître la vraie beauté, que de mesurer la haine qu'elle attire sur elle.
Les gitans ont des pudeurs de violette.
Les enfants gitans semblent toujours plus âgés tant leurs chairs sont lourdes du sang divin de l'expérience.
L'absence de vérité dans une voix est pire que la fin du monde.
J'essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant. Il y a des papillons dont on ne peut effleurer les ailes sans qu'elles cassent comme du verre.
Si mes phrases sourient c'est parce qu'elles sortent du noir. J'ai passé ma vie à lutter contre la persuasive mélancolie. Mon sourire me coûte une fortune.
Ce qui compte, c'est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux. Une apparition, une seule, et tout est sauvé.
L'âme un linge frais de soleil, amoureusement plié.
La vie est à peu près cent milliards de fois plus belle que nous l'imaginons.
Quand on joue de la musique, on lève le camp, on replie sa tente et on s'éloigne dans le chant faible, délivré de la corvée de dire et de taire. On s'éloigne comme un jeune homme s'éloigne sans savoir vers quoi, car sinon ce ne serait pas s'éloigner.
Quand on parle, on campe dans sa parole. Quand on se tait, on campe dans son silence.
J'ai revé d'un livre qu'on ouvrirait comme on pousse la grille d'un jardin abandonné.
Il faut que le noir s'accentue pour que la première étoile apparaisse.