Auteur

Christian Bobin

Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler.
La beauté, le Christ n'en parle jamais. Il ne fréquente qu'elle, dans son vrai nom: l'amour. La beauté vient de l'amour comme le jour vient du soleil, comme le soleil vient de Dieu, comme Dieu vient d'une femme épuisée par ses couches.
La beauté vient de l'amour comme le jour vient du soleil.
La beauté vient de l'amour. L'amour vient de l'attention. L'attention simple au simple, l'attention humble aux humbles, l'attention vive à toutes vies.
Croire c'est donner son coeur. Ce Dieu des heures simples a pris le coeur de l'enfant au berceau. Il en joue à son gré. C'est une chose difficile à comprendre, au vingtième siècle comme au treizième siècle.
On voit ce qu'on espère. On voit à la mesure de son espérance.
Il va là où le chant ne manque jamais de souffle, là où le monde n'est plus qu'une seule note élémentaire tenue infiniment, une seule corde de lumière vibrant éternellement en tout, partout. Il disparaît de la ville.
La vérité n'est pas dans la connaissance qu'on en prend mais dans la jouissance qu'elle nous donne.
La vérité est une jouissance telle que rien ne peut l'éteindre, un trésor que même la mort - cette pie voleuse - ne saura prendre.
Humilité vient du latin: humus qui veut dire terre, la terre.
Je lis pour faire sa place à la douleur. Je lis pour voir, pour bien voir - mieux que dans la vie - l'étincelante douleur de vivre.
Je veux passer tous jardins clos, sauter tous murs de pierre, aller partout en beau désordre.
L'amour n'est rien d'original. L'amour n'est pas une invention d'auteur.
Le monde veut le sommeil. Le monde n'est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. Mais l'amour veut l'éveil. L'amour est l'éveil chaque fois réinventé.
Quand la vérité entre dans un coeur, elle est comme une petite fille qui, entrant dans une pièce, fait aussitôt paraître vieux tout ce qui s'y trouve.
L'art suprême, ce qui manque à tant de petits maîtres, c'est de savoir donner sa langue au chat.
Un visage trop souvent photographié perd peu à peu son secret, et la gloire signe la disparition des personnes: triompher dans le monde, c'est avoir tout perdu.
Le visage d'une mère est pour l'enfant son premier livre d'images.
Un troubadour est un homme qui chante au monde entier la grâce d'une femme inaccessible, mariée à un autre que lui, mariée, pourrait-on dire, à tous sauf à lui.
Le poinçon du sourire aux lèvres des mères quand les forteresses des écoles laissent échapper à midi leurs minuscules otages.
On ne sait pas ce qu'est la poésie. On sait juste que c'est donner son sang aux anges qui passent.
Dieu nous regarde monter les châteaux de cartes de nos projets jusqu'au jour imprévisible où il tape du poing sur la table et fait tout s'effondrer: quelque chose, enfin, arrive.
Bien avant d'être une manière d'écrire, la poésie est une façon d'orienter sa vie, de la tourner vers le soleil levant de l'invisible.
Si un rien vous enchante, c'est aussi parce qu'un rien peut vous anéantir. La même lumière peut, selon les heures et la direction du songe, vous exalter ou vous ruiner.
L'amour maternel est semblable à tout amour, injuste et secret.

Œuvres de Christian Bobin

Autoportait au radiateurAutoportrait au radiateurAutoportrait au radiateur (2000)Carnet du soleil (2011)Eclat du Solitaire (2011)Eloge du rien (1990)GeaiGeai (1998)Isabelle BrugesIsabelle Bruges (1992)L' homme-joie (2012)L'Equilibriste (1998)L'Homme du désastre (1986)L'Homme qui marche (1995)L'autre visageL'enchantement simpleL'enchantement simple (1989)L'homme-joie (2012)L'inespéréeL'inespérée (1994)