Il faudrait vivre en spectateur de sa propre vie. Pour y ajouter le rêve qui l'achèverait. Mais on vit, et les autres rêvent votre vie.
Un homme se juge toujours à l'équilibre qu'il sait apporter entre les besoins de son corps et exigences de son esprit.
C'est beaucoup que de se battre en méprisant la guerre, d'accepter de tout perdre en gardant le goût du bonheur, de courir à la destruction avec l'idée d'une civilisation supérieure.
Je n'ai pas de goût, je crois, pour l'héroïsme et la sainteté. Ce qui m'intéresse, c'est d'être un homme.
Sens de mon oeuvre : Tant d'hommes sont privés de la grâce. Comment vivre sans la grâce ? Il faut bien s'y mettre et faire ce que le christianisme n'a jamais fait : s'occuper des damnés.
On parle de la douleur de vivre. Mais ce n'est pas vrai, c'est la douleur de ne pas vivre qu'il faut dire. Et comment vivre dans ce monde d'ombres ?
L'air de la réussite, quand il est porté d'une certaine manière, rendrait un âne enragé.
Les uns crient : Aime-moi ! Les autres : Ne m'aime pas ! Mais une certaine race, la pire et la plus malheureuse : Ne m'aime pas, et sois-moi fidèle !
C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu.
La logique du révolté est de vouloir servir la justice pour ne pas ajouter à l'injustice de la condition, de s'efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel et de parier, face à la douleur des hommes, pour le bonheur.
Toutes les expériences sont à cet égard indifférentes. Il en est qui servent ou desservent l'homme. Elles le servent s'il est conscient. Sinon, cela n'a pas d'importance : les défaites d'un homme ne jugent pas les circonstances, mais lui-même.
L'oeuvre absurde illustre le renoncement de la pensée à ses prestiges et sa résignation à n'être plus que l'intelligence qui met en oeuvre les apparences et couvre d'images ce qui n'a pas de raison. Si le monde était clair, l'art ne serait pas.
La bêtise insiste toujours, on s'en apercevrait si l'on ne pensait pas toujours à soi.
Quand une guerre éclate, les gens disent : Ca ne durera pas, c'est trop bête. Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l'empêche pas de durer.
L'absurde n'a de sens que dans la mesure où l'on n'y consent pas.
On peut poser en principe que pour un homme qui ne triche pas, ce qu'il croit vrai doit régler son action.
Toutes les grandes actions et toutes les grandes pensées ont un commencement dérisoire.
Au milieu de l'hiver, j'apprenais enfin qu'il y avait en moi un été invincible.
Pourtant, aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme.
Il faut une rare vocation pour être un jouisseur.
L'espoir, au contraire de ce qu'on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c'est ne pas se résigner.
Je ne vais rien faire, lire, me promener, attendre. Attendre quoi ? Je n'en sais rien. Mais plutôt que de laisser une oeuvre qui trahisse tout ce que je sens, je préfère ne rien laisser du tout.
Je dis seulement qu'il y a sur cette terre des fléaux et des victimes et qu'il faut, autant qu'il est possible, refuser d'être avec le fléau.
On voudrait que ceux qu'on commence d'aimer vous aient connu tel que vous étiez avant de les rencontrer, pour qu'ils puissent apercevoir ce qu'ils ont fait de vous.
Sur tous les chemins du monde des millions d'hommes nous ont précédés et leurs traces sont visibles. Mais sur la mer la plus vieille, notre silence est toujours le premier.
Œuvres de Albert Camus
12 mai 1959.ActuellesActuelles (1950-1958)Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)Actuelles I, Première réponseActuelles II, Chroniques 1948-1953Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)ApocrypheCaligula (1944)Caligula (1944), II, 2Caligula (1944), III, 2Caligula (1944), IV, 13Caligula (1944), IV, 6CarnetsCarnets I, décembre 1937Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)Carnets, II