Œuvre
Le premier homme (1994)
Si tu te noies, ta mère elle te tue.
Il faudrait que le livre pèse un gros poids d'objets et de chair.
La noblesse du métier d'écrivain est dans la résistance à l'oppression, donc au consentement à la solitude.
O mère! O tendre enfant chérie! plus grande que mon temps, plus grande que l'histoire qui te soumettait à elle, plus vraie que tout ce que j'ai aimé en ce monde. O mère! pardonne à ton fils d'avoir fui la nuit de ta vérité.
La misère est une forteresse sans pont-levis.
Un enfant n'est rien par lui-même, ce sont ses parents qui le représentent. C'est par eux qu'il se définit, qu'il est défini aux yeux du monde. C'est à travers eux qu'il se sent jugé vraiment, c'est-à-dire jugé sans pouvoir faire appel.
Mais les traditions familiales n'ont souvent pas de fondement plus solide, et les ethnologues me font bien rire qui cherchent la raison de tant de rites mystérieux. Le vrai mystère, dans beaucoup de cas, c'est qu'il n'y a pas de raison du tout.
Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence.
La mémoire des pauvres est déjà moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l'espace puisqu'ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d'une vie uniforme et grise.
Il faudrait vivre en spectateur de sa propre vie. Pour y ajouter le rêve qui l'achèverait. Mais on vit, et les autres rêvent votre vie.