Œuvre
Le mythe de Sisyphe (1942)
Ce qui vient après la mort est futile.
En vérité, le chemin importe peu, la volonté d'arriver suffit à tout.
Il n'est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris.
L'absurde, c'est la raison lucide qui constate ses limites.
La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.
Nous habitons notre corps bien avant de le penser.
Nous vivons avec des idées qui, si nous les éprouvions vraiment, devraient bouleverser toute notre vie.
Une seule certitude suffit à celui qui cherche.
Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux: c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie.
On veut gagner de l'argent pour vivre heureux et tout l'effort et le meilleur d'une vie se concentrent pour le gain de cet argent. Le bonheur est oublié, le moyen pris pour la fin.
Un geste comme (le suicide) se prépare dans le silence du coeur au même titre qu'une grande oeuvre.
Nous prenons l'habitude de vivre avant d'acquérir celle de penser. Dans cette course qui nous précipite tous les jours un peu plus vers la mort, le corps garde cette avance irréparable.
Il est toujours aisé d'être logique. Il est presque impossible d'être logique jusqu'au bout.
... comprendre c'est avant tout unifier.
Vouloir, c'est susciter les paradoxes.
A partir du moment où elle est reconnue, l'absurdité est une passion, la plus déchirante de toutes.
L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde.
Sur le plan de l'intelligence, je puis donc dire que l'absurde n'est pas dans l'homme (si une pareille métaphore pouvait avoir un sens), ni dans le monde, mais dans leur présence commune.
... un homme est toujours la proie de ses vérités.
Je veux savoir si je puis vivre avec ce que je sais et avec cela seulement.
La pensée d'un homme est avant tout sa nostalgie.
Vivre, c'est faire vivre l'absurde.
Pour un homme sans oeillère, il n'est pas de plus beau spectacle que celui de l'intelligence aux prises avec une réalité qui le dépasse.
... un exemple n'est pas forcément un exemple à suivre ...
Pourquoi faudrait-il aimer rarement pour aimer beaucoup?