Œuvre

Caligula (1944)

Faire souffrir est la seule façon de se tromper.
On supporterait tellement mieux nos contemporains s'ils pouvaient de temps en temps changer de museau. Mais non, le menu ne change pas. Toujours la même fricassée.
(En parlant de l'amour) - C'est le genre de maladies qui n'épargnent ni les intelligents ni les imbéciles.
Notez bien, le malheur c'est comme le mariage. On croit qu'on choisit et puis on est choisi.
Ce monde, tel qu'il est fait, n'est pas supportable. J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.
Gouverner, c'est voler, tout le monde sait ça.
Le mensonge n'est jamais innocent.
Perdre la vie est peu de chose et j'aurai ce courage quand il le faudra. Mais voir se dissiper le sens de cette vie, disparaître notre raison d'existence, voilà ce qui est insupportable. On ne peut vivre sans raison.
Hélicon: Il faut un jour pour faire un sénateur et dix ans pour faire un travailleur. - Caligula: Mais j'ai bien peur qu'il en faille vingt pour faire un travailleur d'un sénateur.
On est toujours libre au dépens de quelqu'un.
Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents.
Ah! tu ne sais pas que seul, on ne l'est jamais! Et que partout le même poids d'avenir et de passé nous accompagne!
On ne peut aimer celui de ses visages qu'on essaie de masquer en soi.
Et c'est si bon de se contredire de temps en temps. Cela repose.
L'insécurité, voilà ce qui fait penser.
Aimer un être, c'est accepter de vieillir avec lui.
Drôle, n'est-ce pas? Tu ne ris pas. Personne ne rit? Ecoutez alors. Je veux que tout le monde rie.
Il n'y a qu'une façon de s'égaler aux dieux: il suffit d'être aussi cruel qu'eux.
Le crime aussi est une solitude, même si on se met à mille pour l'accomplir.
Parce que j'ai envie de vivre et d'être heureux. Je crois qu'on ne peut être ni l'un ni l'autre en poussant l'absurde dans toutes ses conséquences.
Il est indifférent de dormir ou de rester éveillé, si je n'ai pas d'action sur l'ordre de ce monde.
Je viens de comprendre enfin l'utilité du pouvoir : il donne ses chances à l'impossible.
Gouverner, c'est voler, tout le monde sait ça. Mais il y a la manière. Pour moi je volerai franchement.
Maintenant, je sais. Ce monde, tel qu'il est fait, n'est pas supportable. J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.
Tu sais bien que je ne pense jamais. Je suis bien trop intelligent pour ça.