Œuvre

L'Etranger (1942)

Tout refus de communiquer est une tentative de communication
Je suis allé au cinéma deux fois avec Emmanuel qui ne comprend pas toujours ce qui se passe sur l'écran. Il faut alors lui donner des explications.
Je n'ai jamais vu d'âme aussi endurcie que la vôtre. Les criminels qui sont venus devant moi ont toujours pleuré devant cette image de la douleur.
Le président du jury va lire les réponses. On ne vous fera entrer que pour l'énoncé du jugement.
Entre les deux grilles se trouvait un espace de huit à dix mètres qui séparait les visiteurs des prisonniers.
Le ciel était pur mais sans éclat au-dessus des ficus qui bordent la rue.
Je lui ai dit que la fourrière gardait les chiens trois jours à la disposition de leurs propriétaires et qu'ensuite elle en faisait ce que bon lui semblait.
Tout ce que je faisais d'inutile en ce lieu m'est alors remonté à la gorge et je n'ai eu qu'une hâte, c'est qu'on en finisse et que je retrouve ma cellule avec le sommeil.
Les tramways suivants ont ramené les joueurs que j'ai reconnus à leurs petites valises. Ils hurlaient et chantaient à pleins poumons que leur club ne périrait pas.
Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.
Quand il m'arrive quelque chose, je préfère être là.
Tout le monde sait que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue.
Du moment qu'on meurt, comment et quand, cela n'importe pas, c'était évident.
Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre.
Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d'étés pouvaient mener aussi bien aux prisons qu'aux sommeils innocents.
Il n'était même pas sûr d'être en vie puisqu'il vivait comme un mort.
J'ai compris alors qu'un homme qui n'aurait vécu qu'un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s'ennuyer.
Il a déclaré que je n'avais rien à faire avec une société dont je méconnaissais les règles les plus essentielles.
Tout refus de communiquer est une tentative de communication; tout geste d'indifférence ou d'hostilité est appel déguisé.
Nous avons traversé une cour où il y avait beaucoup de vieillard, bavardant par petits groupes. Ils se taisaient quand nous passions. Et derrière nous, les conversations reprenaient. On aurait dit un jacassement assourdi de perruches.
Mais selon lui, sa vraie maladie, c'était la vieillesse, et la vieillesse ne se guérit pas.
Je m'arrangeais très bien avec le reste de mon temps. J'ai souvent pensé alors que si l'on m'avait fait vivre dans un tronc d'arbre sec, sans autre occupation que de regarder la fleur du ciel au-dessus de ma tête, je m'y serais peu à peu habitué.
Moi, j'avais l'air d'avoir les mains vides. Mais j'étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sûr de ma vie et de cette mort qui allait venir.
Pour moi c'est un malheur. Un malheur tout le monde sait ce que c'est. Ca vous laisse sans défense. Eh bien! Pour moi c'est un malheur.
Tu ne vois pas que le monde il est jaloux du bonheur que je te donne. Tu connaîtras plus tard le bonheur que tu avais.