Ne vous reprochez pas que mon vin soit amer - Cette amertume est celle même de la vie.
S'il existait un enfer pour les amoureux et les buveurs, le paradis serait désert.
Quiconque arrose dans son coeur la plante de l'Amour n'a pas un seul jour de sa vie qui soit inutile.
Tu n'as pas aujourd'hui de pouvoir sur demain l'anxiété du lendemain est inutile - Si ton coeur n'est pas insensé, ne te soucie même pas du présent sais-tu ce que vaudront les jours qu'il te reste à vivre ?
Boire du vin et étreindre la beauté - Vaut mieux que l'hypocrisie du dévot ; - Si l'amoureux et si l'ivrogne sont voués à l'Enfer, - Personne, alors, ne verra la face du ciel.
Cette roue sous laquelle nous tournons - Est pareille à une lanterne magique - Le soleil est la lampe ; le monde, l'écran ; - Nous sommes les images qui passent.
Ami, ne nous soucions pas de demain, - Profitons de ce souffle de vie. - Demain quand nous quitterons ce caravansérail, - Nous serons pareils aux morts d'il y a sept mille ans.
O toi qui es venu tout ardent du monde de l'esprit ; - \r\nToi qui, stupéfait, t'interroges sur le cinq, le quatre, le six et le sept, - \r\nBois du vin, car tu ne sais d'où tu es venu. - \r\nRéjouis-toi, car tu ne sais où tu vas.
Je ne me suis jamais privé de donner mon temps aux sciences - \r\nPar la science j'ai dénoué les quelques nœuds d'obscurs secrets - \r\nAprès soixante-douze années de réflexion sans jour de trêve - Mon ignorance, je la sais...
J'ai lancé contre une pierre un bol cette nuit ; - \r\nL'acte brutal, j'étais ivre quand je l'ai commis ; - \r\nLe bol m'a dit en son langage de bol : - \r\n« J'ai été ce que tu es ! tu seras toi aussi ce que je suis ! »
Pour parler selon le vrai, pas de métaphores, - \r\nNous sommes les pièces d'un jeu, le Ciel est le joueur ; - \r\nNous jouons un petit jeu sur l'échiquier de l'existence ; - \r\nPuis, un par un, nous rentrons dans la boîte de la non-existence.
Avant-hier, je passais près d'un potier habile - \r\ndont les doigts modelaient, malléable, l'argile. - \r\nÉtais-je le seul à voir que c'étaient nos aïeux - \r\ndont la poussière allait de main en main agile ?
Les roses et le pré réjouissent la terre.
Profite de l'instant : le temps n'est que poussière.
Hier au soir, j'étais ivre et j'ai jeté mon bol - \r\npar terre : il s'est brisé aussitôt sur le sol. - \r\nEt c'était comme si montait une prière : - \r\n« J'étais un homme, et tu redeviendras poussière. »
À qui donc puis-je révéler le grand mystère - \r\nde la nature humaine et de notre destin ? - \r\nL'homme est né façonné d'argile et de chagrin - \r\npuis fait quelques pas et quitte cette terre.
Regarde le potier qui façonne la glaise. - \r\nPourquoi est-il brutal ? A-t-il raison ou tort ? - \r\nIrait-il triturer cette argile à son aise, - \r\ns'il pensait que c'est la poussière de ses morts ?
Nous sommes des jouets entre les mains du Ciel - \r\nqui nous déplace comme Il veut : c'est notre maître. - \r\nAu jeu d'échec, nous sommes des pions éternels - \r\nqui tombent un-à-un tout au fond du non-être.
Quand nos deux corps perdront mon âme avec la tienne, - \r\nles os des morts seront ma tombe avec la tienne. - \r\nEt plus tard, des maçons, pour bâtir un tombeau, - \r\nviendront déterrer ma poussière avec la tienne.
Venus purs du néant, nous en partons impurs. - \r\nVenus heureux, nous repartons pleins de misère. - \r\nL'eau des pleurs dans les yeux, au cœur un feu obscur, - \r\nnous rendons l'âme à l'air et mourrons dans la terre.
Œuvres de Omar Khayyam
La Rose de l'AmourQuatrainQuatrainsQuatrains RubayatRoubaiyatRuba'iyatRuba'iyyatRuba'iyyat, 128Ruba'iyyat, 130Ruba'iyyat, 23Ruba'iyyat, 71Rubayat (1958)RubaïyatRubaïyat (1958), 113Rubaïyat (1958), 42Rubaïyat, 111Rubaïyat, 16Rubaïyat, 20Rubaïyat, 77Vivre au présent ?