La nuit n'est peut-être que la paupière du jour.
Bois du vin, car tu dormiras longtemps sous la terre.
Depuis que le soleil et la lune brillent au firmament, on n'a rien connu de meilleur que le vin.
Veux-tu que ta vie repose sur une voie solide? - Veux-tu vivre affranchi de tout chagrin ? - Ne demeure pas un instant sans boire du vin.
Combien longue est l'infinie poursuite du Ceci et du Cela qui engendre l'effort et la dispute. Mieux vaut être joyeux par la grappe que triste par un fruit plus amer.
Le véritable bonheur, c'est une rose, deux pains de froment, trois amis, quatre chansons et cinq flacons de vin.
Tous les hommes voudraient cheminer sur la route de la Connaissance. Cette route, les uns la cherchent, d'autres affirment qu'ils l'ont trouvée. Mais, un jour, une voix criera: « Il n'y a ni route, ni sentier. »
Ceux qui par la science vont au plus haut du monde - \r\nQui par l'intelligence, scrutent le fond des cieux - Ceux-là, pareils aussi à la coupe du ciel - La tête renversée, vivent dans leur vertige.
Cette roue sur la quelle nous tournons est pareille à une lanterne magique. Le soleil est la lampe; le monde, l'écran; Nous sommes les images qui passent.
Pour vivre il faut du vin aux charmantes couleurs.
Je ne me suis jamais privé de donner mon temps aux sciences - \r\nPar la science j'ai dénoué les quelques nœuds d'obscurs secrets - \r\nAprès soixante-douze années de réflexion sans jour de trêve - Mon ignorance, je la sais...
J'ai lancé contre une pierre un bol cette nuit ; - \r\nL'acte brutal, j'étais ivre quand je l'ai commis ; - \r\nLe bol m'a dit en son langage de bol : - \r\n« J'ai été ce que tu es ! tu seras toi aussi ce que je suis ! »
Pour parler selon le vrai, pas de métaphores, - \r\nNous sommes les pièces d'un jeu, le Ciel est le joueur ; - \r\nNous jouons un petit jeu sur l'échiquier de l'existence ; - \r\nPuis, un par un, nous rentrons dans la boîte de la non-existence.
Avant-hier, je passais près d'un potier habile - \r\ndont les doigts modelaient, malléable, l'argile. - \r\nÉtais-je le seul à voir que c'étaient nos aïeux - \r\ndont la poussière allait de main en main agile ?
Les roses et le pré réjouissent la terre.
Profite de l'instant : le temps n'est que poussière.
Hier au soir, j'étais ivre et j'ai jeté mon bol - \r\npar terre : il s'est brisé aussitôt sur le sol. - \r\nEt c'était comme si montait une prière : - \r\n« J'étais un homme, et tu redeviendras poussière. »
À qui donc puis-je révéler le grand mystère - \r\nde la nature humaine et de notre destin ? - \r\nL'homme est né façonné d'argile et de chagrin - \r\npuis fait quelques pas et quitte cette terre.
Regarde le potier qui façonne la glaise. - \r\nPourquoi est-il brutal ? A-t-il raison ou tort ? - \r\nIrait-il triturer cette argile à son aise, - \r\ns'il pensait que c'est la poussière de ses morts ?
Nous sommes des jouets entre les mains du Ciel - \r\nqui nous déplace comme Il veut : c'est notre maître. - \r\nAu jeu d'échec, nous sommes des pions éternels - \r\nqui tombent un-à-un tout au fond du non-être.
Quand nos deux corps perdront mon âme avec la tienne, - \r\nles os des morts seront ma tombe avec la tienne. - \r\nEt plus tard, des maçons, pour bâtir un tombeau, - \r\nviendront déterrer ma poussière avec la tienne.
Venus purs du néant, nous en partons impurs. - \r\nVenus heureux, nous repartons pleins de misère. - \r\nL'eau des pleurs dans les yeux, au cœur un feu obscur, - \r\nnous rendons l'âme à l'air et mourrons dans la terre.