Auteur

Juliette Gréco

Je n'aime pas les jeux de pouvoir, je n'aime que les cadeaux. Ceux que je fais et ceux que l'on m'offre...
J'ai été gâtée comme je souhaite à tout le monde de l'être. Je suis comme je suis est une chanson que Prévert avait écrite pour Arletty et qu'il a voulu que je chante. De même que Les Feuilles mortes: c'est lui qui m'a demandé de les chanter...
J'étais éblouie par Brel. Ses yeux étaient ardents comme des braises. Je lui ai dit: « Je prends une de vos chansons, la plus difficile à défendre. Mais vous allez chanter vos chansons tout seul.»
Je les aime toutes, mes chansons... Je vis avec des trésors. Je suis très riche. Riche de mots.
Je les mange, les mots. Je les dévore, je les digère. Ils me courent dans les veines, jusqu'au bout des doigts. Ils se promènent dans mon corps avant de repasser par ma bouche... C'est pour cela que je ne peux pas chanter n'importe quoi. Parce que les mots sont en moi. S'ils ne me plaisent pas, je les recrache.
Le métier que je fais est bouleversant et ravageur. Mais il m'apporte un bonheur incommensurable. La scène, c'est une manière géniale de faire l'amour.
Vous ne pouvez pas imaginer ce qu'est une certaine qualité de silence dans une salle. Rien au monde ne peut donner cela. Ce sont de ces rares, rares moments de perfection de vie, où tout est suspendu, on respire ensemble, un coeur bat... C'est un acte d'amour pur. On trouve cela parfois dans l'amour physique. Parfois. Très, très rarement.
La scène, ce n'est pas qu'un métier. C'est une manière de vivre. Je me réveille tous les matins en disant «merci». Merci au jour qui m'est donné. A celui que j'ai eu la veille, si j'ai bien travaillé.
Je déteste répéter. C'est un peu comme si on se regardait dans une glace en train de se donner du plaisir. On s'ennuierait très vite, non?
Les mots arrivent en moi, je les entends, je vis avec eux.
Dans les coulisses, j'entendais toujours: « Vas-y, vas-y! Salue, salue! » Mais non, j'ai tout donné! Je ne veux plus rechanter. Je suis épuisée, une flaque. Ce moment-là, il est magnifique aussi. C'est comme après l'amour, on est exsangue.
Mon choix de textes est le reflet de ce que je désire. Je me sers de ce que je suis. J'ai un instrument, il s'appelle Gréco. Je joue de moi. Mais c'est dur. Il n'y a rien de plus fatigant que de dire la vérité.
On a tout à apprendre des autres. Tout. L'amour, le partage, voilà l'essentiel. Moi, j'offre ce que je peux. Il paraît que je donne de l'énergie. Tant mieux. La moindre des courtoisies, c'est d'être positif. Je veux faire des progrès. Et j'en fais. Je chante bien mieux qu'avant. Et bien mieux qu'il y a deux ans.
Le temps qui passe ? Je m'en fous. Tant que je marche, que je cause, que j'entends, que je vois, j'ignore le temps. Si je m'arrête, je saurai peut-être que le temps passe. Mais, pour l'instant, non. Il paraît que c'est le premier mot que j'ai dit: « Non ! »
Moi, j'offre ce que je peux. Il paraît que je donne de l'énergie. Tant mieux. La moindre des courtoisies, c'est d'être positif. Je veux faire des progrès. Et j'en fais. Je chante bien mieux qu'avant. Et bien mieux qu'il y a deux ans.
Je sais seulement que j'ai un curieux pouvoir: celui de ne pas être devenue adulte. Du tout. Dans la vie, il faut être grave. Désespéré. Heureux. Passionné. Émerveillé. Mais pas sérieux, non! Le jour où on se prend au sérieux, on meurt un peu. Moi, je suis vieille, mais je ne suis pas adulte.
Ça manque de poésie et d'écriture, aujourd'hui.
J'ai pris la décision d'arrêter parce que c'est une question de dignité, de courtoisie et d'amour. S'accrocher, ce n'est pas bien.
On pardonne à un homme d'être vieux. Pas à une femme. Avant que les gens me regardent d'un œil attristé, je préfère m'en aller.
C'est une place merveilleuse d'être interprète.
J'ai eu les meilleurs professeurs du monde, rencontré les plus grands musiciens, peintres, écrivains, poètes.
Quand on a ce qu'on appelle joie, cela doit se voir sur le visage. On est plus beau. La joie rend beau. Plus beau qu'on est, à coup sûr. Joie, moment de bonheur.
Brel, je l'ai découvert dans un cinéma renommé du quartier de Pigalle, le Gaumont Palace. Il était grand et beau. Oui, beau, contrairement à ce qu'il croyait, et à ce que les gens conventionnels disaient. Il avait une beauté unique, parce qu'il était « beau à l'intérieur ».
Ce n’est pas si simple de dire « au revoir et merci » ! C’est extrêmement compliqué, très douloureux parfois.
La Fête de l’Humanité, c’est très important. C’est la plus grande fête populaire, il n’y en a pas d’autre et elle est toujours là.

Œuvres de Juliette Gréco

Extrait du documentaire Je m'appelle Gréco, réalisé par Jaci Judelson (un bonus du DVD Juliette Gréco, Olympia 2004France Inter, 21 juin 2009.Interview L'Express, propos recueillis par Dominique Simonnet le 08/11/2001Interview Le Figaro, par Olivier Nuc, 23 avril 2015Interview We Culte - Le Mag Culture, Juliette Gréco : « Il faut se battre pour le bonheur » par Victor Hache, 6 décembre 2015Interview We Culte - Le Mag Culture, Juliette Gréco : « Le public a fait de ma vie un rêve éveillé » par Victor Hache, 17 mai 2015Je suis faite comme ça (2012)Jujube (1982)Portrait de Juliette Gréco , Ouest-France, par Michel Troadec, le 23/09/2020