J’ai eu une vie complètement magique, dingue. Cela fait plus de soixante-cinq ans que ça dure. C’est fou !
Il faut se battre pour le bonheur des autres. Ce n’est pas du tout acquis. Il faut avancer. Nous sommes en pleine régression. Nous retournons au Moyen Âge, aux guerres de Religion qui sont extrêmement dangereuses et qui font que s’est installée la méfiance, le rejet en même temps que la peur de l’autre. On vit un moment très étrange. Pourquoi vouloir s’imposer par la violence et la terreur. Il y a la parole ! On devrait parler « avec » tout le monde, échanger, proposer, tendre la main.
On vit un moment très étrange. Pourquoi vouloir s’imposer par la violence et la terreur. Il y a la parole ! On devrait parler « avec » tout le monde, échanger, proposer, tendre la main.
Moi, je n’ai connu que la ferveur. Toute ma vie n’est que ferveur, refus, amour, combat.
Je suis une désespérée qui espère ! Malgré cette immense vacuité, malgré ce rien ambiant, malgré ce Front national montant, cette extrême droite dangereuse et terriblement présente.
Quelque part – c’est terrible à dire peut-être –, je me dis que je serai sans doute morte avant de m’arrêter. C’est une chose que très secrètement au fond de moi, je crois que je souhaite.
La mort est une chose normale, pourquoi en faire une affaire ? On n’est pas si important que ça. J’ai compris que j’allais mourir quand mon grand-père est décédé. J’avais sept ans. J’ai su que ça existait et j’ai accepté ça très bien.
Je ne suis pas autre chose que moi. Je suis plutôt gaie, joyeuse, farceuse, très rarement de mauvaise humeur. On peut me reprocher d’avoir eu une vie dissipée, ce qui est rigoureusement exact, mais on ne peut pas me reprocher d’avoir aimé vivre.
Je suis là pour vivre ! Faire l’amour n’a jamais fait de mal à personne.
Si j’avais été jeune, je serais partie en bénévolat dans les pays où ils ont besoin d’aide. Pour moi, c’est pareil sans la gloire, les feux de la rampe. C’est donner et recevoir. Ça part du même principe, de l’échange et de la rencontre.
Je suis comme ça. Je vis ce que je dis intensément. Il faut servir les textes du mieux qu’on peut.
Interprète, c’est un métier formidable et les auteurs parfois sont surpris quand ils redécouvrent leur texte.
J’aime aller derrière les mots parce qu’il y a autre chose encore. Je ne vais pas à l’évidence. J’aime bien fouiller derrière les mots pour voir.
Quand j’ai commencé, je n’étais pas un produit, je suis devenue un produit?! Brel est devenu un produit?! On n’avait pas le sens de cela. On s’aimait, on s’admirait les uns les autres. On avait envie d’être, de travailler ensemble. Il y avait une solidarité très pure, pas pour ceux qui nous vendaient, mais entre nous.
Je suis totalement vulnérable. J’ai cette force de me présenter sur scène parce que j’ai une confiance absolue dans mes auteurs-compositeurs. Je sais que je suis une bonne interprète parce qu’on me l’a dit. Mais j’ai mis du temps à accepter. Je suis la servante de mes seigneurs !
On ne pardonne pas à une femme de vieillir. Je veux partir debout. Je ne veux pas faire pitié. On s’accroche parce que c’est une drogue très puissante, la scène. Je ne veux pas partir trop tard. Il faut partir avant qu’il soit trop tard.
L’âge, je m’en fous. Je n’ai pas l’impression d’être vieille. Je ne pense pas vieux, je pense demain ! Je n’ai jamais pensé hier, pourtant j’ai de quoi !
Ce « Merci !» il s’adresse à mon public qui m’a tout donné, qui a fait de ma vie une sorte de rêve éveillé. Il m’a donné tous les bonheurs du monde. Je veux lui dire « merci ».
Je n’ai jamais réussi à trouver quelqu’un d’assez riche pour me faire renoncer à ma liberté de penser. Jamais.
Gréco, c’est un nom chargé de mémoire, d’histoire. C’est celui qui vient de Grèce, celui qui vient d’ailleurs.
Ce métier, je le fais pour plusieurs raisons, mais l’une des plus évidentes est que je voulais qu’on m’aime.
J’aime le sud viscéralement. J’aime le soleil mais je m’y ennuie à périr. La chaleur, la sueur m’empêchent de penser, donc je ne peux pas m’amuser au soleil. J’aime les gens du nord, formidablement courageux. Ils n’ont pas ce soleil, cette douceur, ce climat magnifique. Et ce qu’apporte la mer, cette notion d’infini, de rêve.
La solitude peut être extrêmement cruelle, extrêmement douloureuse, mais je m’en suis arrangée. J’ai appris à lire, à entendre. J’aimais écouter. J’ai posé des questions, on m’a répondu. J’ai eu une culture étrange et somptueuse.
Paris c’est ma ville, l’endroit où je suis née au monde de l’esprit. Je suis à chaque fois éblouie par ses lumières, son architecture, ses ponts, ses jardins. L’une des plus belles villes du monde je pense et j’en ai vu beaucoup. Si on enlève les voitures, c’est la plus belle !
L’amour rend meilleur. Parfois plus bête, mais ça rend meilleur. Je tiens aussi beaucoup à l’amitié qui est une belle forme d’amour debout. Je tiens également beaucoup au respect, à l’inquiétude qu’on a envers l’autre. Je tiens beaucoup à l’autre.
Œuvres de Juliette Gréco
Extrait du documentaire Je m'appelle Gréco, réalisé par Jaci Judelson (un bonus du DVD Juliette Gréco, Olympia 2004France Inter, 21 juin 2009.Interview L'Express, propos recueillis par Dominique Simonnet le 08/11/2001Interview Le Figaro, par Olivier Nuc, 23 avril 2015Interview We Culte - Le Mag Culture, Juliette Gréco : « Il faut se battre pour le bonheur » par Victor Hache, 6 décembre 2015Interview We Culte - Le Mag Culture, Juliette Gréco : « Le public a fait de ma vie un rêve éveillé » par Victor Hache, 17 mai 2015Je suis faite comme ça (2012)Jujube (1982)Portrait de Juliette Gréco , Ouest-France, par Michel Troadec, le 23/09/2020