Œuvre

Interview We Culte - Le Mag Culture, Juliette Gréco : « Le public a fait de ma vie un rêve éveillé » par Victor Hache, 17 mai 2015

Je suis comme ça. Je vis ce que je dis intensément. Il faut servir les textes du mieux qu’on peut.
Interprète, c’est un métier formidable et les auteurs parfois sont surpris quand ils redécouvrent leur texte.
J’aime aller derrière les mots parce qu’il y a autre chose encore. Je ne vais pas à l’évidence. J’aime bien fouiller derrière les mots pour voir.
Quand j’ai commencé, je n’étais pas un produit, je suis devenue un produit?! Brel est devenu un produit?! On n’avait pas le sens de cela. On s’aimait, on s’admirait les uns les autres. On avait envie d’être, de travailler ­ensemble. Il y avait une solidarité très pure, pas pour ceux qui nous vendaient, mais entre nous.
Je suis totalement vulnérable. J’ai cette force de me présenter sur scène parce que j’ai une confiance absolue dans mes auteurs-compositeurs. Je sais que je suis une bonne interprète parce qu’on me l’a dit. Mais j’ai mis du temps à accepter. Je suis la servante de mes seigneurs !
On ne pardonne pas à une femme de vieillir. Je veux partir debout. Je ne veux pas faire pitié. On s’accroche parce que c’est une drogue très puissante, la scène. Je ne veux pas partir trop tard. Il faut partir avant qu’il soit trop tard.
L’âge, je m’en fous. Je n’ai pas l’impression d’être vieille. Je ne pense pas vieux, je pense demain ! Je n’ai jamais pensé hier, pourtant j’ai de quoi !
Ce « Merci !» il s’adresse à mon public qui m’a tout donné, qui a fait de ma vie une sorte de rêve éveillé. Il m’a donné tous les bonheurs du monde. Je veux lui dire « merci ».
Je n’ai jamais réussi à trouver quelqu’un d’assez riche pour me faire renoncer à ma liberté de penser. Jamais.