Mon père, André, était issu d'une famille de Belvédère dans la vallée de la Vésubie. Il était boucher dans le Vieux-Nice. Ici, d'ailleurs, je suis toujours connu comme« le fils du boucher ».
Ma mère surtout était croyante. J'ai fait tout le parcours : communion, confirmation… Avec le recul, je ne le regrette pas. Ça m'a appris les bases du respect, de la politesse et de la bienséance.
A l'adolescence la mouche du rock'n'roll m'a piquée ! À la fin des années 50, l'American way of life a fait irruption sur la Côte d'Azur. Il y avait les films, bien sûr. Tous les garçons voulaient ressembler à James Dean dans La Fureur de vivre ou à Marlon Brando dans L'Équipée sauvage.
Ma mère m'a toujours encouragé. La chanson Maman n'aime pas ma musique, que j'ai interprétée dans les années soixante-dix, était tout sauf autobiographique !
Aujourd'hui, tout est dit Rock, alors on ne voit plus bien ce que c'est… Non depuis Téléphone, je ne vois pas bien… Quand j'ai envie de me faire plaisir, j'écoute Creedence Clearwater Revival. Je préfère écouter ça.
e suis né sur scène, c'est la scène qui m'a fabriqué. On est tombés à une époque où ça marchait du feu de dieu. Tout était basé là-dessus. Et on y revient, parce que plus personne ne vend de disque… ou alors il faut être mort.
J'adore la Bretagne, et surtout les Côtes d'Armor.
J'adore la Bretagne, et surtout les Côtes d'Armor. C'est vraiment un beau pays. D'ailleurs, je suis un peu breton par mon nom : Hervé. À mon époque, on se comptait sur les doigts d'une main. Et j'étais fier de mon prénom car il n'y en avait pas beaucoup. J'aime le côté indépendant et rock des Bretons !
Johnny m'avait dit : tu sais, on a tous voulu s'appeler Dick Rivers. Pour ce personnage du film Loving you… Il faut se rendre compte que c'était notre livre de chevet à l'époque, avec cette musique révolutionnaire. Mais le nom, bon, c'était un peu un hasard, je n'ai pas cherché pendant des heures. Ce qui nous plaisait, nous, c'était d'avoir un nom anglophone. Les « Chats Sauvages », comme les « Chaussettes noires » pour Eddy Mitchell, ça nous a été imposé. Mais on nous aurait demandé de prendre un coup de pied au cul on l'aurait fait, tellement on aimait cette musique.
Le Rock est mort le jour où Elvis est parti à l'armée. Après, oui, il y a la récup par des groupes anglais, et ils ont fait du bien à cette musique, sans doute. J'étais plus Rolling Stones que Beatles d'ailleurs. Bon… je déteste la nostalgie, mais j'ai vécu une période extraordinaire dans tous les domaines de la créativité. Tous les jours il se passait quelque chose. Jusqu'au début des années 70. Aujourd'hui…
Johnny table énormément sur la dimension spectacle, sur le feu d'artifice et les effets. Un spectacle de Johnny, c'est comme le 14 juillet. Alors que pour moi, ce qui compte, c'est la musique. Et c'est pour ça, et je le dis sans prétention, que ce que je fais est plus intéressant musicalement que ce que fait Johnny. Disons qu'il existe entre Johnny et moi la même différence qu'entre Aznavour et Bécaud. Lui, serait plus Aznavour alors que moi, je suis plutôt Bécaud.
La première fois que j'ai mis les pieds en Amérique, c'était au Québec. C'était en 1965 et c'est ici que j'ai vu ma première Cadillac, ma première Mustang, mangé mon premier smoked meat et mon premier hamburger et vu mon premier gros building. Pour un Français américanophile comme moi, c'était l'idéal. à un point tel que plus tard, lorsque je suis enfin allé à New York, j'ai été presque déçu. Le choc de la découverte, je l'avais vécu à Montréal.
Dans l'esprit des Français, je suis toujours associé à Eddy et Johnny. Je fais partie des dinosaures.
Je suis plutôt quelqu'un du centre, mais certains jours, le mot social me les gonfle. Regardez les Britanniques, ils ont peut-être détesté Thatcher, mais ils reconnaissent aujourd'hui ce qu'elle a fait pour leur économie.
Je n'aime pas la nostalgie. Ou alors, quand on le fait au deuxième degré, sous forme de clin d'œil. Car ce qui est passé est passé. Ce qui compte, pour moi, c'est aujourd'hui et demain.
Il ne faut jamais se prendre au sérieux, et toujours remettre le couvert. Chaque fois que je fais un nouveau disque, j'ai l'impression que c'est le premier.
Je suis un véritable interprète. Et ma chance, c'est de puiser dans le génie des autres. S'il y a une étincelle qui se fait et qu'il y a une envie de collaborer, cela peut déboucher sur un album. Je me nourris de ces rencontres avec d'autres musiciens. Mais là, dernièrement, il n'y a pas eu cette étincelle.
J'ai toujours été avant-gardiste. En 1968, j'ai travaillé avec Gérard Manset, alors qu'il était « hors-la-loi ». J'ai aussi collaboré avec Alain Bashung, Benjamin Biolay, Joseph d'Anvers, etc. Ils m'apportent énormément. Je ne me complais pas avec des gens de ma génération.
En vérité, je suis né sur scène. J'ai commencé j'avais 15 ans. J'ai sorti mon premier disque en 1961, aussi je fais partie de cette génération qui se devait de faire de la scène. Par la suite, certains ont pu avoir du succès sans en faire mais nous, on nous a mis tout de suite devant un public. Cela fait donc partie de mes racines, peut-être même de mes gênes.
En vérité, je suis né sur scène. J'ai commencé j'avais 15 ans.
Le vrai rock'n'roll, j'en fais ce moment sur scène pour mon plaisir et celui du public, j'espère, mais pour dire la vérité, celui qui a bercé ma prime jeunesse, n'existe plus, il n'y en a plus.
J'appartiens à une génération qui était, entre guillemets, “rebelle sans raison”. Nous rêvions de nous éloigner de nos parents, mener notre vie en toute indépendance ; ce qui est un peu l'opposé d'aujourd'hui : maintenant beaucoup de jeunes restent chez leurs parents, ont peur d'affronter la vie, ou font tout ce qu'on attend d'eux… Nous, non. Il faut aussi dire qu'à l'époque le chômage n'existait quasiment pas, celui qui ne bossait pas était un fainéant.
J'ai eu pour ma part la chance énorme d'avoir rencontré des gens fabuleux, qui m'ont fait avancer, au contact desquels j'ai grandi. J'adore apprendre, moi. Comme je dis souvent, j'ai été aussi ravi de rencontrer Edith Piaf et Georges Brassens qu'Elvis Presley et les Beatles. J'en étais aussi fier, et cela m'a construit tout autant.
Piaf ne faisait rien de rock'n roll mais dans sa voix, dans sa façon d'être, elle était totalement rock !
Vous savez, ma vie est très compliquée : tous les dix ans, il y a une nouvelle génération qui me découvre, et se met à me suivre ; je suis donc obligé d'en tenir compte dans mes tours de chant.
Œuvres de Dick Rivers
Interview Véridique comme dans... very Dick, cyberpress.ca parue le 1 juin 2008Interview au Dauphine parue le 15 décembre 2018Interview au Télégramme parue le 14 novembre 2018Interview à L'Alsace parue le 17 octobre 2018Interview à Midi Libre parue le 20 septembre 2018Interview à Nice-Matin parue le 4 juillet 2013