Auteur

Nina Bouraoui

Je fréquentais l'église, seul lieu où le silence n'est pas inconvenant.
On espère beaucoup d'une fille, de son histoire, de son corps. C'est un grand mystère une fille.
Il y a une violence amoureuse. Il y a un épuisement aussi.
L'amour et l'écriture ont la même origine charnelle, ils absorbent les mêmes forces, ils viennent du même brasier. L'écriture est un acte presque sexuel, le plus intime qui soit.
Tout se défait, tout se sépare, et je ne sais pas si l'on retrouve un jour les choses que l'on a perdues.
Mon affinité avec la mort a commencé dès mon plus jeune âge non pas par excès de morbidité mais par conscience de la finitude et plus exactement de Ma finitude. Mon corps d'enfant contenait à lui seul tous les signes infaillibles d'un défaut d'infini.
Je me disais que pour prendre conscience de la vie il fallait changer d'angle.
Avant mon père me disait qu'on ne connaît jamais vraiment les gens. Qu'on peut les aimer pendant toute une vie et être encore surpris.
Il me semblait naturel de me presser contre lui, à l'abri du monde que j'oubliais.
Les rêves c'est la partie de soi que l'on ne peut pas montrer. Parce que c'est l'âme sans défense.
Je m'adapte à tout. Très vite. C'est comme une folie, cette faculté d'adaptation. C'est plusieurs vies à la fois. C'est une multitude de petites trahisons.
Parfois on croît connaître ceux que l'on a aimés et on se trompe complètement parce que l'amour n'est pas une science, on n'apprend tout de l'autre qu'une fois qu'on l'a perdu.
L'amour est ce qu'il y a de plus incertain : sublime dans son envol, hideux quand il se brise sans prévenir.
On ne tire jamais de traits définitifs, on le sait, le passé est un serpent qui mord.
Les avions me fascinaient, j'y voyais le symbole de la liberté, du danger même, non d'avoir un accident, mais de laisser ce que l'on connaissait, qui encadrait ; partir était aussi se quitter soi-même.
Passé la quarantaine, les choses changent, on a un autre angle de vue de l'existence, on n'est pas plus sage, on manque d'illusion, c'est ça la vraie vieillesse, ce ne sont ni la peau changée ni les rides.
Je vois Sami partout dans mes mots et je sens que je peux pleurer ce soir, parce qu'une année vient de passer et qu'il n'est pas revenu. Et qu'il ne reviendra peut-être plus.
On dit que le ciel devient blanc avant la neige, il doit neiger dans ma tête alors.

Œuvres de Nina Bouraoui

Appelez-moi par mon prénom (2008)Beaux rivages (2016)Garçon manqué (2000)Interview à l'hebdomadaire l'Express, 31 mai 2004La Vie heureuse (2002)La Voyeuse interdite (1991)Le Jour du séisme (1999)Mes mauvaises pensées (2005)Poing mort (1992)Poupée Bella (2004)Sauvage (2011)