Œuvre

Mes mauvaises pensées (2005)

Je sais, d'une façon si précise, que ce qui déborde de moi sera, un jour, contenu dans un livre.
Mon père dit que les morts sont de plus en plus présents au fur et à mesure de la vie, comme le manque, comme la tristesse; on ne se remet jamais de la mort des siens; la vie est aussi faite des absents qui brûlent les coeurs.
Je ne sais pas si on doit parler des morts au passé. Les morts sont chaque fois ressuscités par notre langage, par notre manière de les raconter, ce sont eux les livres, ce sont eux l'écriture qui court, ce sont eux les petits papiers amoureux.
On ne se remet jamais de ses morts, je crois. On fait semblant de s'en détacher.
J'ai lu dans un livre d'Hervé Guibert, qu'il y avait des gens malades de leur enfance; cette maladie s'appelle l'enfance qui saigne.