Dans le réduit obscur d'une alcôve enfoncée - S'élève un lit de plume à grands frais amassée.
Auteur
Nicolas Boileau-Despréaux
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Maudit soit le premier dont la verve insensée, - Dans les bornes d'un vers renferma la pensée, - Et, donnant à ses mots une étroite prison, - Voulut avec la rime enchaîner la raison!
L'esprit lasse aisément, si le coeur n'est sincère.
Et que mon coeur, toujours conduisant mon esprit, - Ne dit rien aux lecteurs qu'à soi-même il n'ait dit. - Ma pensée au grand jour partout s'offre et s'expose, - Et mon vers, bien ou mal, dit toujours quelque chose.
Rien n'est beau que le vrai: le vrai seul est aimable; - Il doit régner partout, et même dans la fable: - De toute fiction l'adroite fausseté - Ne tend qu'à faire aux yeux briller la vérité.
Mais, pour un vain bonheur qui vous a fait rimer, - Gardez qu'un sot orgueil ne vous vienne enfumer.
Tout poème est brillant de sa propre beauté.
Aux dépens du bon sens gardez de plaisanter.
La pédante au ton fier, la bourgeoise ennuyeuse, - Celle qui de son chat fait son seul entretien, - Celle qui toujours parle et ne dit jamais rien?
Un livre vous déplaît: qui vous force à le lire ? - Laissez mourir un fat dans son obscurité: - Un auteur ne peut-il pourrir en sûreté ?
Mais un fat me déplaît et me blesse les yeux; - Je le poursuis partout, comme un chien suit sa proie, - Et ne le sens jamais qu'aussitôt je n'aboie.
La satire ne sert qu'à rendre un fat illustre: - C'est une ombre au tableau, qui lui donne du lustre.
L'ambition, l'avarice, l'amour, la haine - Tiennent comme un forçat son esprit à la chaîne.
Tous les jours à la cour, un sot de qualité - Peut juger de travers avec impunité.
Le vice toujours sombre aime l'obscurité.
Voulez-vous du public mériter les amours, - Sans cesse en écrivant variez vos discours. - Un style trop égal et toujours uniforme - En vain brille à nos yeux, il faut qu'il nous endorme.
On lit peu ces auteurs, nés pour nous ennuyer, - Qui toujours sur un ton semblent psalmodier. - Heureux qui, dans ses vers, sait d'une voix légère - Passer du grave au doux, du plaisant au sévère!
Tout doit tendre au bon sens: mais, pour y parvenir, - Le chemin est glissant et pénible à tenir; - Pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt l'on se noie. - La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie.
Il est certains esprits dont les sombres pensées - Sont d'un nuage épais toujours embarrassées; - Le jour de la raison ne le saurait percer. - Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Un discours trop sincère aisément nous outrage - Chacun dans ce miroir pense voir son visage.
Mais nous, que la raison à ses règles engage, - Nous voulons qu'avec art l'action se ménage; - Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli - Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
Le mérite en repos s'endort dans la paresse.
Et ce visage enfin plus pâle qu'un rentier - A l'aspect d'un arrêt qui retranche un quartier.
Sans mentir, l'avarice est une étrange rage.
Un clerc, pour quinze sous, sans craindre le holà, - Peur aller au parterre attaquer Attila.
Œuvres de Nicolas Boileau-Despréaux
A Louis XIV qui lui montrait des poèmes qu'il venait d'écrire.Art poétiqueChanson A Boire I, Poésie de Nicolas BoileauDiscours au roiEpigramme sur Claude PerraultEpigrammes, 1687Epigrammes, Après la représentation d'Attila de Corneille.Epître IX à M. le marquis de SeignelayEpîtres (1669-1695)Epîtres (1669-1695), IIIEpîtres (1669-1695), IV, Au roiEpîtres (1669-1695), IXEpîtres (1669-1695), IX, A M. le marquis de SeignelayEpîtres (1669-1695), IX, au marquis de SeignelayEpîtres (1669-1695), VEpîtres (1669-1695), V, A M. de GuilleraguesEpîtres (1669-1695), VIEpîtres (1669-1695), VII, A M. RacineEpîtres (1669-1695), VII, à M. Jean RacineEpîtres (1669-1695), VIII