Œuvre

Satires (1660-1711)

Jamais surintendant ne trouva de cruelles. - L'or, même à la laideur, donne un teint de beauté.
L'or, même à la laideur, donne un teint de beauté.
Le mal qu'on dit d'autrui ne produit que du mal.
Le plus sage est celui qui ne pense point l'être.
Les héros chez Quinault parlent bien autrement, - Et jusqu'à Je vous hais, tout s'y dit tendrement.
Maudit soit le premier dont la verve insensée - Dans les bornes d'un vers renferma sa pensée, - Et, donnant à ses mots une étroite prison, - Voulut avec la rime enchaîner la raison.
On a porté partout des verres à la ronde, - Où les doigts des laquais dans la crasse tracés - Témoignaient par écrit qu'on les avait rincés.
On sera ridicule, et je n'oserai rire?
Qui frappe l'air, bon Dieu! de ces lugubres cris? - Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris?
Qui ne vole au sommet tombe au plus bas degré.
Si je pense exprimer un auteur sans défaut, - La raison dit Virgile, et la rime Quinault.
Tout protestant fut pape, une Bible à la main.
Un livre vous déplaît: qui vous force à le lire?
Marchant à pas comptés, - Comme un recteur suivi des quatre Facultés.
Aimez-vous la muscade? on en a mis partout.
Dans les combats d'esprit savant maître d'escrime, - Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.
De Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome, - Le plus sot animal, à mon avis, c'est l'homme.
Et tous ces lieux communs de morale lubrique - Que Lulli réchauffa des sons de sa musique ...
Il se tue à rimer, que n'écrit-il en prose?
J'appelle un chat un chat, et Rollet un fripon.
L'honneur de le louer m'est un trop digne prix.
Tout les jours à la cour, un sot de qualité - Peut juger de travers avec impunité, - A Malherbe, à Racan, préférer Théophile, - Et le clinquant du Tasse à tout l'or de Virgile.
Ma muse en l'attaquant, charitable et dicrète, - Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète.
Prends-moi le bon parti: laisse là tous les livres.
En vain contre le Cid un ministre se ligue - Tout Paris a pour Chimène les yeux de Rodrigue - L'Académie en corps a beau le censurer, - Le public révolté s'obstine à l'admirer.