Œuvre

Satires (1660-1711)

Aussitôt maint esprit fécond en rêveries, - Inventa le blason avec les armoiries.
J'entends crier partout: Au meutre! on m'assassine!
L'un et l'autre, à mon sens, ont le cerveau troublé.
Un laquais effronté - M'apporte un rouge-bord d'un auvernat fumeux.
Que vous sert-il qu'un jour l'avenir vous estime?
Dans les combats d'esprit, savant maître d'escrime, - Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime.
Gardez-vous, dira l'un, de cet esprit critique - On ne sait bien souvent quelle mouche le pique.
Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants, - Semblent être formés en dépit du bon sens ...
Tout, jusqu'à la servante, est prêt à déserter.
Y voit-on des savants en droit, en médecine, - Endosser l'écarlate et se fourrer d'hermine?
Et qu'une main savante, avec tant d'artifice, - Bâtit de ses cheveux le galant édifice.
Six chevaux attelés à ce fardeau pesant - Ont peine à l'émouvoir sur le pavé glissant.
L'homme, en ses passions toujours errant sans guide, - A besoin qu'on lui mette et le mors et la bride.
Un livre vous déplaît: qui vous force à le lire ? - Laissez mourir un fat dans son obscurité: - Un auteur ne peut-il pourrir en sûreté ?
La satire ne sert qu'à rendre un fat illustre: - C'est une ombre au tableau, qui lui donne du lustre.
L'ambition, l'avarice, l'amour, la haine - Tiennent comme un forçat son esprit à la chaîne.
Tous les jours à la cour, un sot de qualité - Peut juger de travers avec impunité.