Auteur

Louis Aragon

Une femme c'est une porte qui s'ouvre sur l'inconnu - Une femme cela vous envahit comme chante une source - Une femme toujours c'est comme le triomphe des pieds nus - L'éclair qu'on rejoint à la course.
On se refuse longuement - De n'être rien pour qui l'on aime - Pour autrui rien rien par soi-même - Ca vous prend on ne sait comment.
C'est miracle que d'être ensemble - Que la lumière sur ta joue - Qu'autour de toi le vent se joue - Toujours si je te vois je tremble.
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu. - O paradis cent fois retrouvé reperdu. - Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes.
J'ai refermé sur toi mes bras - Et tant je t'aime que j'en tremble - Aussi longtemps que tu voudras - Nous dormirons ensemble.
Il se fait comme ça, entre les rêves et la conscience éveillée, des échanges mal définis: une sorte d'osmose, peut-être, on ne reconnaît pas que cette pensée vient encore du sommeil... elle a traversé la membrane...
Qui peut dire où la mémoire commence - Qui peut dire où le temps présent finit - Où le passé rejoindra la romance - Où le malheur n'est qu'un papier jauni.
Inexorablement je porte mon passé - Ce que je fus demeure à jamais mon partage.
Vous me mettrez en terre, - Comme une étoile au fond d'un trou. - L'avenir, c'est ce qui dépasse - La main tendue et c'est l'espace - Au-delà du chemin battu.
Je donne un nom meilleur aux merveilles du jour - J'invente à nouveau le vent tape-joue - le vent tapageur - Le monde à bas je le bâtis plus beau.
On peut mesurer l'influence et la force d'un esprit à la quantité de bêtises qu'il fait éclore.
Qui a le goût de l'absolu renonce par là même à tout bonheur. Quel bonheur résisterait à ce vertige, à cette exigence toujours renouvelée?
Je pars et je vous abandonne - Longs quais de pierre sans personne - Veillant sur le fleuve profond - Où les désespérés s'en vont.
Nous dormirons ensemble - C'était hier et c'est demain - Je n'ai plus que toi de chemin - J'ai mis mon coeur entre tes mains.
Coeur léger coeur changeant coeur lourd - Le temps de rêver est bien court - Que faut-il faire de mes jours - Que faut-il faire de mes nuits.
Voici déjà beau temps que je n'ai plus coutume - De défier la neige et gravir les sommets - Dans l'éblouissement du soleil et des brumes.
Je tresserai l'enfer avec le vers du Dante - Je tresserai la soie ancienne des tercets.
Les tourbiers s'étaient trop pressés croyant à l'arrivée du printemps: il faudrait encore attendre pour brûler les tas de tourbe terreuse, le rebut de ce qu'on avait retiré des marais la saison précédente.
Je suis comme le cheval qu'on chasse avec le fouet hors du chemin - Je tords mes pieds dans les cailloux je trébuche à tous les problèmes.
La troupe n'est pas payée et prend des libertés avec ses rôles, elle vit d'aventures. Aussi est-elle âpre, comme une véritable troupe d'artistes et supporte-t-elle mal les plaisanteries ou le chahut.
L'enfant accaparé par les belles images - Equarquille les siens moins démesurément - Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens - On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages.
Sur le Pont-Neuf j'ai rencontré - Fumée aujourd'hui comme alors - Celui que je fus à l'orée - Celui que je fus à l'aurore.
Un front qui s'appuie - A moi dans la nuit - Deux grands yeux ouverts - Et tout m'a semblé - Comme un champ de blé - Dans cet univers.
Mais toutes les comparaisons ici paraissent inutiles - Vous pouvez brûler tous les mots sans expliquer ce qu'est le feu - Le bonheur et la flamme sont ce qui danse au fond de nos yeux - Pour qui ne les a jamais vus comment se ressembleraient-ils.
Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs - Vous retrouverez dans mon chant sa voix - Ses yeux dans mes veines - Et tout l'avenir de l'homme et des fleurs - Toute la tendresse et toute la joie - Et toutes les peines.

Œuvres de Louis Aragon

Aimer à perdre la raison (1971) (Interprété par Jean Ferrat)Anicet ou le Panorama (1921)Art poétiqueAurélien (1945)Blanche ou l'OubliBlanche ou l'Oubli (1967)Bulletin Dada n° 6, matinée du 5 février 1920C'est si peu dire que je t'aime (1971) (Interprété par Jean Ferrat)Cantique à Elsa (1942)Chanson du siège de La RochelleChronique du bel cantoDans Le Monde, 13 septembre 1967.Dans Le Temps immobile, Tome VI de Claude Mauriac.ElsaEn français dans le texteEst-ce ainsi que les hommes viventFeu de joie (1919)Feu de joie (1919), SecousseHourra l'OuralIl n'y a pas d'amour heureux (1943)