Les gens sont singuliers. Ils interprètent vos actes. Ils veulent en comprendre la logique.
Aimer à perdre la raison - Aimer à n'en savoir que dire - A n'avoir que toi d'horizon - Et ne connaître de saisons - Que par la douleur du partir - Aimer à perdre la raison.
Comme une étoffe déchirée - On vit ensemble séparés - Dans mes bras je te tiens absente - Et la blessure de durer - Faut-il si profond qu'on la sente - Quand le ciel nous est mesuré - C'est si peu dire que je t'aime.
Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre, - Que serais-je sans toi, qu'un coeur au bois dormant. - Que cette heure arrêtée au cadran de la montre, - Que serais-je sans toi, que ce balbutiement.
Lâche, disait-elle, cette voix, tu as enfin giflé quelqu'un pour une fois? Ton fils. Tu te venges sur lui de tous les coups de pied au cul reçus dans ta vie!
Le lierre de tes bras à ce monde me lie - Je ne peux pas mourir Celui qui meurt oublie.
Je vais te dire un grand secret - Le temps c'est toi - Le temps est femme il a - Besoin qu'on le courtise et qu'on s'asseye - A ses pieds le temps comme une robe à défaire - Le temps comme une chevelure sans fin - Peignée.
Il y ainsi chez l'homme quelque chose de plus profondément à lui que son visage, de petites habitudes, des manies.
Je vais te dire un grand secret: J'ai peur de toi. Peur de ce qui t'accompagne au soir vers les fenêtres. Des gestes que tu fais, des mots qu'on ne dit pas. J'ai peur du temps rapide et lent, j'ai peur de toi.
Je vais te dire un grand secret: Ferme les portes. Il est plus facile de mourir que d'aimer. C'est pourquoi je me donne le mal de vivre, mon amour.
L'enfant accaparé par les belles images - Equarquille les siens moins démesurément - Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens - On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages.
Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa - Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent - Moi je voyais briller au-dessus de la mer - Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.
Je te touche et je vois ton corps et tu respires - Ce ne sont plus les jours du vivre séparés - C'est toi tu vas-tu viens et je suis ton empire - Pour le meilleur et le pire - Et jamais tu ne fus si lointaine à mon gré.
O mon enfant le temps n'est pas à notre taille - Que mille et une nuits sont peu pour des amants - Treize ans c'est comme un jour et c'est un feu de paille - Qui brûle à nos pieds maille à maille - Le magique tapis de notre isolement
Je me refuse à croire qu'il va se faire là-bas un Biafra de l'esprit.
La réalité est l'absence apparente de contradiction. Le merveilleux, c'est la contradiction qui apparaît dans le réel.
Il est comme quelqu'un qui se serait fixé une tâche, une mission. Il veut sauver du naufrage une société qui se défend fort bien toute seule.
Au bout de mon âge - Qu'aurais-je trouvé - Vivre est village - Où j'ai mal rêvé.
Jeunes gens le temps est devant vous comme un cheval échappé - Qui le saisit à la crinière entre ses genoux qui le dompte - N'entend désormais que le bruit des fers de la bête qu'il monte - Trop à ce combat nouveau pour songer au bout de l'équipée.
Pardonnez-moi cette amertume - Mais l'âge d'aimer quand nous l'eûmes - Comme le regain sous la faux - Tout y sonnait mortel et faux - Et qu'opposer sinon nos songes - Au pas triomphant du mensonge - Nous qui n'avions pour horizon - Qu'hypocrisie et trahison.
Celui qui croit pouvoir mesurer le temps avec les saisons - Est un vieillard déjà qui ne sait regarder qu'en arrière - On se perd à ces changements comme la roue et la poussière - Le feuillage à chaque printemps revient nous cacher l'horizon.
Enfance un beau soir vous avez poussé la porte du jardin - Du seuil voici que vous suivez le paraphe noir des arondes - Vous sentez dans vos bras tout à coup la dimension du monde - Et votre propre force et que tout est possible soudain.
Ce qu'il m'aura fallu de temps pour tout comprendre - Je vois souvent mon ignorance en d'autres yeux.
Comme il a vite entre les doigts passé - Le sable de jeunesse - Je suis comme un qui n'a fait que danser - Surpris que le jour naisse - J'ai gaspillé je ne sais trop comment - La saison de ma force - La vie est là qui trouve un autre amant - Et d'avec moi divorce.
Un amour qui commence est le pays d'au-delà le miroir - Raconte-moi ton univers raconte-moi ta solitude - Chaque mot que tu dis de ton passé me rend triste et jaloux - Femme ô femme que ne t'ai-je connue alors petite fille.
Œuvres de Louis Aragon
Aimer à perdre la raison (1971) (Interprété par Jean Ferrat)Anicet ou le Panorama (1921)Art poétiqueAurélien (1945)Blanche ou l'OubliBlanche ou l'Oubli (1967)Bulletin Dada n° 6, matinée du 5 février 1920C'est si peu dire que je t'aime (1971) (Interprété par Jean Ferrat)Cantique à Elsa (1942)Chanson du siège de La RochelleChronique du bel cantoDans Le Monde, 13 septembre 1967.Dans Le Temps immobile, Tome VI de Claude Mauriac.ElsaEn français dans le texteEst-ce ainsi que les hommes viventFeu de joie (1919)Feu de joie (1919), SecousseHourra l'OuralIl n'y a pas d'amour heureux (1943)