Auteur

Jean-Pierre Mocky

Il serait odieux de ne pas dire ce qui est, quand on sait que ce qui est, est.
Pour les films noirs, les Américains ont New York ou San Francisco. En France, moi j'ai choisi la Lorraine, l'Est de la France. C'est une région mystérieuse et attachante.
Un enfant, on le forme sinon, il devient con. Si vous ne voyez que des films d'action, vous deviendriez des cons. Il faut voir des films qui font réfléchir.
J'ai horreur de la lenteur. Ceci m'empêche d'aimer Melville, même si c'est notre maître à tous, le véritable précurseur avant Godard, Chabrol ou Truffaut.
Beaucoup de jeunes choisissent une profession chiante mais qui offre une sécurité. Dans la vie, il faut être libre et faire ce qu'on veut. Ce qui est difficile à accepter, c'est qu'un pianiste devienne plombier.
Bourvil a passé l'arme à gauche à 53 ans. Tous les grands comiques meurent jeunes. De Peter Sellers à Francis Blanche, de Fernandel à de Funès et Coluche...Comme si faire rire faisait mourir.
Les étoiles des critiques ? On se croirait à une distribution de prix à la fin de l'année. Les critiques sont-ils des profs et nous des élèves ? Quelle connerie !
Comment expliquer ce paradoxe : un film sort et il est aussitôt étoilé : une, deux, trois étoiles, comme dans le Guide Michelin. Et même des quatre étoiles. Quand il passe à la télé, le film de quatre étoiles n'en a plus que deux ou une ou pas du tout. Je ne vois pas d'autre explication : on met une cotation d'office quand le film sort en salle pour faire venir les gens, et quand il passe à la télé, on note pour ce que ça vaut, ces cons de téléspectateurs vont avaler le navet cuit de toute façon.
Lorsque la sacro-sainte Académie des arts et techniques du cinéma, qui, jusque-là, avait fait très peu de cas de mon travail, m'a téléphoné pour me proposer un césar d'honneur, je les ai envoyés aux pelotes ! Qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse ? La bonne conscience de la profession, je m'assois dessus. Je suis loin de me prendre pour un génie, mais quand Mozart est mort, il a été enterré dans la fosse commune. Alors, un césar...
Ce n'est pas l'âge qui a raréfié les appels, c'est la société qui a changé et ne s'intéresse plus aux artistes.
On est acteur d'instinct ou pas. On peut gommer certains défauts, enrichir des qualités, mais on ne peut s'acheter une personnalité, un caractère, un tempérament. Dans ce sens, j'ai l'honneur de déclarer que les cours d'art dramatique sont d'inutilité publique. Tu veux être une star ? Compte sur toi même, fais-toi une personnalité et envoie chier les profs !
Les réalisateurs d'aujourd'hui sont tellement inféodés aux exigences racoleuses de leurs producteurs qu'ils finissent par y perdre leur âme.
J'ai beau avoir commencé ma carrière de cinéaste il y a plus d'un demi-siècle, je m'estime moins bon que ceux qui m'ont inspiré. Et mes successeurs sont pires encore. Fritz Lang, Luis Buñuel et Orson Welles ont ouvert la voie. Godard, Chabrol et moi sommes arrivés derrière. Qui saura prendre le relais ?
Aujourd'hui, il est de bon ton, chez les professionnels de la profession, de s'extasier devant des mélos aussi dégoulinants et surfaits qu'Amour, De rouille et d'os ou Le Gamin au vélo...
Michael Haneke, Jacques Audiard et les frères Dardenne ont le don de me hérisser le poil. Non seulement ils n'ont rien inventé, mais ce sont des emmerdeurs opportunistes. Côté comédie, on n'est pas mieux lotis. Après les pionniers que furent Charlie Chaplin, Buster Keaton et Mack Sennett, il y eut Jacques Tati – lequel, sauf le respect que je dois à son immense talent, s'imprégna copieusement de leurs inventions.
Les enfants de riches se laissent plus facilement happer par le cinéma : n'ayant pas le souci de l'argent, ils peuvent, sur un caprice, embrasser ce métier très aléatoire. À l'inverse, les enfants de pauvres doivent trouver coûte que coûte un emploi pour subvenir à leurs besoins, et, le cas échéant, ceux de leur famille. S'ils veulent faire du cinéma, ils ont un accès limité aux sources financières. Cela fut et demeure mon cas.
Beethoven, Modigliani, Welles : trois grands artistes lâchés par leurs contemporains, mais dont l'œuvre exceptionnelle est gravée dans l'histoire. Pendant ce temps-là, des centaines d'autres, encensés de leur vivant, accouchaient de nullités dont on a retenu peau de balle. Depuis, rien n'a changé.
Si mon dernier film faisait vingt millions d'entrées, cela changerait la donne. L'industrie cinématographique s'en verrait transfigurée. Les gens du métier se diraient : « Puisque Mocky a réussi avec un film bizarre, pourquoi ne pas nous mettre, nous aussi, à faire des films bizarres ? » Seulement voilà : comme les niaiseries formatées ont du succès, on en sort treize à la douzaine, tout en laissant des Mocky continuer à tourner dans leur coin des films qui croupissent au frigidaire. Car, c'est bien connu, on ne prête qu'aux riches.
Tous les metteurs en scène boivent goulûment à la source de leurs aînés. Et qu'on se rassure, je ne fais pas exception à la règle ! Par exemple, c'est Hitchcock qui m'a donné le goût de tourner vite : lorsqu'en 1962 je l'ai rencontré à Los Angeles, chez Maurice Jarre, il m'a confié que douze à quinze jours lui suffisaient pour mettre un film en boîte. Cela étant, j'ai toujours mis un point d'honneur à éviter le copiage. Parce qu'une copie est toujours plus pâle que l'original. Les mots même de « remake » ou de « reboot » me donnent de l'urticaire !
Je ne suis pas prétentieux, moi, j'aide à porter les projecteurs. C'est pas très juste, quand même.
Moi, au moins, si je rate un film, ça fait du mal à personne. Enfin, je touche des droits d'auteur, alors j'ai de quoi bouffer, c'est déjà ça. Je vis comme un cadre.
Je ne vis pas où je devrais vivre. En Tchécoslovaquie, je serais sûrement le roi du cinéma. Le Welles tchèque.
Je n'ai pas le destin de faire de grands films.
Je suis de la merde par rapport à Welles ou Stroheim. Mais les jeunes qui viennent après moi sont de la merde par rapport à moi. Et ainsi de suite. C'est une dégringolade épouvantable.
Ce qui fait marcher le monde, c'est le cul et l'argent. Les femmes sont terribles pour cela. Comme elles savent qu'on meurt avant elles, elles nous demandent tout de suite une assurance vie.

Œuvres de Jean-Pierre Mocky

Cette fois je flingue de Jean-Pierre Mocky (2006)Entretien Le Progrès 19 septembre 2018Hommage Jean-Pierre Mocky, mort d’un anar du cinéma, Télérama, le 09 Aout 2019Interview accordée à Télé-Loisirs en 2018Interview au site Chaos Reign, mars 2019Interview aux Cahiers du cinéma, en 1987.Interview, France dimanche, le 4 Février 2019Je vais encore me faire des amis de Jean-Pierre Mocky (2015)Jean-Pierre Mocky le 6 janvier 1971 lors du tournage de son film \"L'Albatros\" entre Sarreguemines et WissembourgLa longue marche (2014)Libération, 10 janvier 2000, Jean-Pierre Mocky, la folie des glandeurs, Par Hervé AUBRONY'a-t'il un français dans la salle