Œuvre

Hommage Jean-Pierre Mocky, mort d’un anar du cinéma, Télérama, le 09 Aout 2019

Moi, jadis, je mangeais beaucoup de steaks. Surtout aux Halles, quand j'étais jeune. Je travaillais de nuit et, à 7 heures du matin : un grand steak pour me maintenir en forme ! Aujourd'hui, je ne mange plus de viande, à cause des vaches folles. Vous en mangez encore, vous, des steaks ? Ah oui ?... Faut faire gaffe !
On me dit souvent que je dois jubiler à peindre des crapules. Pas du tout. Ça me fait seulement de la peine de les voir plumer les petites gens. Je ne filme des salauds que parce que personne ne le fait.
Je tourne vite et pas cher. Les films le deviennent – chers ! – quand ils sont faits par des prétentieux.
Oui, il y a, parfois, quelques raccords qui pèchent, faute de temps et d'argent. Mais la perfection de Titanic m'emmerde. Je la trouve hypocrite. La perfection n'est pas de ce monde, donc il y a forcément une faille. On perd du temps à la trouver. Avec moi, au moins, elle est visible... Si j'y passais plus de temps, mes films seraient plus léchés, plus lisses. Pas sûr qu'ils seraient meilleurs.
Faut que ça aille vite. Le but, c'est quand même de tourner le plus de films possibles avant de claquer. Serrault prétend que s'il va pisser, je suis capable d'avoir fini le plan, sans lui, avant qu'il ne revienne...
La corruption a toujours existé, mais dans le temps, on avait Stavisky : on le repérait, le gars ! Il me semble qu'il y a de plus en plus de magouilles, parce que les gens ont de plus en plus peur de la mort. Elle est cachée, niée. Vous en voyez, vous, des corbillards dans les rues ? Ils ressemblent à des limousines passe-partout... C'est l'angoisse devant le vide qui provoque cette ambition, ce goût du pouvoir démesuré, cet acharnement à posséder, par tous les moyens.