Moi, au moins, si je rate un film, ça fait du mal à personne. Enfin, je touche des droits d'auteur, alors j'ai de quoi bouffer, c'est déjà ça. Je vis comme un cadre.
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Faut que ça aille vite. Le but, c'est quand même de tourner le plus de films possibles avant de claquer. Serrault prétend que s'il va pisser, je suis capable d'avoir fini le plan, sans lui, avant qu'il ne revienne...
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J'ai beau avoir commencé ma carrière de cinéaste il y a plus d'un demi-siècle, je m'estime moins bon que ceux qui m'ont inspiré. Et mes successeurs sont pires encore. Fritz Lang, Luis Buñuel et Orson Welles ont ouvert la voie. Godard, Chabrol et moi sommes arrivés derrière. Qui saura prendre le relais ?
J'ai tourné avec 66 vedettes différentes. Là, je commence à ne plus avoir de vedettes. Là où je me retrouve un peu embêté, c'est que tous mes acteurs sont morts ! Gabin, Bourvil, Fernandel, de Funès… Je suis un peu dans un désert car je travaille avec des acteurs que je ne connais pas.
Tous mes comédiens fétiches sont morts, Serrault est mort, Galabru est mort… Je suis arrivé au bout, je les ai usés. Qui est-ce qu'il me reste, à présent? Alain Delon est malade, Jean-Louis Trintignant est aveugle, Guy Bedos ne veut plus rien faire...
Bourvil a passé l'arme à gauche à 53 ans. Tous les grands comiques meurent jeunes. De Peter Sellers à Francis Blanche, de Fernandel à de Funès et Coluche...Comme si faire rire faisait mourir.
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Moi, jadis, je mangeais beaucoup de steaks. Surtout aux Halles, quand j'étais jeune. Je travaillais de nuit et, à 7 heures du matin : un grand steak pour me maintenir en forme ! Aujourd'hui, je ne mange plus de viande, à cause des vaches folles. Vous en mangez encore, vous, des steaks ? Ah oui ?... Faut faire gaffe !
On me dit souvent que je dois jubiler à peindre des crapules. Pas du tout. Ça me fait seulement de la peine de les voir plumer les petites gens. Je ne filme des salauds que parce que personne ne le fait.
Je tourne vite et pas cher. Les films le deviennent – chers ! – quand ils sont faits par des prétentieux.
Oui, il y a, parfois, quelques raccords qui pèchent, faute de temps et d'argent. Mais la perfection de Titanic m'emmerde. Je la trouve hypocrite. La perfection n'est pas de ce monde, donc il y a forcément une faille. On perd du temps à la trouver. Avec moi, au moins, elle est visible... Si j'y passais plus de temps, mes films seraient plus léchés, plus lisses. Pas sûr qu'ils seraient meilleurs.
La corruption a toujours existé, mais dans le temps, on avait Stavisky : on le repérait, le gars ! Il me semble qu'il y a de plus en plus de magouilles, parce que les gens ont de plus en plus peur de la mort. Elle est cachée, niée. Vous en voyez, vous, des corbillards dans les rues ? Ils ressemblent à des limousines passe-partout... C'est l'angoisse devant le vide qui provoque cette ambition, ce goût du pouvoir démesuré, cet acharnement à posséder, par tous les moyens.