Le type qui croit avoir fait un chef-d'oeuvre est un con. On ne peut pas être fier de ce qu'on fait, puisqu'on fait ce qu'on peut en réalité. Il y a tellement d'imprévus sur un film…
❧
Si mon dernier film faisait vingt millions d'entrées, cela changerait la donne. L'industrie cinématographique s'en verrait transfigurée. Les gens du métier se diraient : « Puisque Mocky a réussi avec un film bizarre, pourquoi ne pas nous mettre, nous aussi, à faire des films bizarres ? » Seulement voilà : comme les niaiseries formatées ont du succès, on en sort treize à la douzaine, tout en laissant des Mocky continuer à tourner dans leur coin des films qui croupissent au frigidaire. Car, c'est bien connu, on ne prête qu'aux riches.
◆
À lire aussi de Jean-Pierre Mocky
Il serait odieux de ne pas dire ce qui est, quand on sait que ce qui est, est.
Pour les films noirs, les Américains ont New York ou San Francisco. En France, moi j'ai choisi la Lorraine, l'Est de la France. C'est une région mystérieuse et attachante.
Faut que ça aille vite. Le but, c'est quand même de tourner le plus de films possibles avant de claquer. Serrault prétend que s'il va pisser, je suis capable d'avoir fini le plan, sans lui, avant qu'il ne revienne...
Je tourne vite et pas cher. Les films le deviennent – chers ! – quand ils sont faits par des prétentieux.
Dans la même œuvre
Lorsque la sacro-sainte Académie des arts et techniques du cinéma, qui, jusque-là, avait fait très peu de cas de mon travail, m'a téléphoné pour me proposer un césar d'honneur, je les ai envoyés aux pelotes ! Qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse ? La bonne conscience de la profession, je m'assois dessus. Je suis loin de me prendre pour un génie, mais quand Mozart est mort, il a été enterré dans la fosse commune. Alors, un césar...
Les réalisateurs d'aujourd'hui sont tellement inféodés aux exigences racoleuses de leurs producteurs qu'ils finissent par y perdre leur âme.
J'ai beau avoir commencé ma carrière de cinéaste il y a plus d'un demi-siècle, je m'estime moins bon que ceux qui m'ont inspiré. Et mes successeurs sont pires encore. Fritz Lang, Luis Buñuel et Orson Welles ont ouvert la voie. Godard, Chabrol et moi sommes arrivés derrière. Qui saura prendre le relais ?
Aujourd'hui, il est de bon ton, chez les professionnels de la profession, de s'extasier devant des mélos aussi dégoulinants et surfaits qu'Amour, De rouille et d'os ou Le Gamin au vélo...
Michael Haneke, Jacques Audiard et les frères Dardenne ont le don de me hérisser le poil. Non seulement ils n'ont rien inventé, mais ce sont des emmerdeurs opportunistes. Côté comédie, on n'est pas mieux lotis. Après les pionniers que furent Charlie Chaplin, Buster Keaton et Mack Sennett, il y eut Jacques Tati – lequel, sauf le respect que je dois à son immense talent, s'imprégna copieusement de leurs inventions.