Auteur

Jean-Paul Sartre

L'empire des signes, c'est la prose; la poésie est du côté de la peinture, de la sculpture, de la musique.
L'écrivain engagé sait que la parole est action: il sait que dévoiler c'est changer et qu'on ne peut dévoiler qu'en projetant de changer. Il a abandonné le rêve impossible de faire une peinture impartiale de la Société et de la condition humaine.
Il n'est donc pas vrai qu'on écrive pour soi-même: ce serait le pire échec; en projetant ses émotions sur le papier, à peine arriverait-on à leur donner un prolongement languissant.
L'auteur écrit pour s'adresser à la liberté des lecteurs et il la requiert de faire exister son oeuvre.
La lecture est un pacte de générosité entre l'auteur et le lecteur; chacun fait confiance à l'autre, chacun compte sur l'autre, exige de l'autre autant qu'il exige de lui-même.
L'oeuvre d'art, de quelque côté qu'on la prenne, est un acte de confiance dans la liberté des hommes.
Ainsi qu'il soit essayiste, pamphlétaire, satiriste ou romancier, qu'il parle seulement des passions individuelles ou qu'il s'attaque au régime de la société, l'écrivain, homme libre s'adressant à des hommes libres, n'a qu'un seul sujet: la liberté.
Cela ne fait pas de doute: on écrit pour le lecteur universel; et nous avons vu, en effet, que l'exigence de l'écrivain s'adresse en principe à tous les hommes.
Qu'il le veuille ou non et même s'il guigne des lauriers éternels, l'écrivain parle à ses contemporains, à ses compatriotes, à ses frères de race ou de classe.
Il n'est pas du tout utile, il est parfois nuisible que la société prenne conscience d'elle-même.
La force d'un écrivain réside dans son action directe sur le public, dans les colères, les enthousiasmes, les méditations qu'il provoque par ses écrits.
Le livre est inerte, il agit sur qui l'ouvre, mais il ne se fait pas ouvrir.
Aujourd'hui le public est, par rapport à l'écrivain, en état de passivité: il attend qu'on lui impose des idées ou une forme d'art nouvelle. Il est la masse inerte dans laquelle l'idée va prendre corps.
Le paysan travaille seul, au milieu des forces naturelles, qui n'ont pas besoin d'être nommées pour agir. Il se tait. Parain a noté sa «stupeur» quand il rentre au village après avoir labouré son champ et qu'il entend des voix humaines.
Ne pensez-vous pas que c'est la pire peine, celle qu'on subit sans pouvoir la juger imméritée ni pourtant la prendre comme une rédemption?
Tous les hommes ont peur. Tous. Celui qui n'a pas peur n'est pas normal; ça n'a rien à voir avec le courage.
Finalement l'autorité dans la conversation est un sous-produit de l'autorité concrète dans l'entreprise.
Les vraies dames ne savent pas le prix des choses, elles aiment les belles folies.
Quelle solitude: deux milliards d'hommes en long et moi, au-dessus d'eux, seule vigie.
Il paraît que les bananes ont meilleur goût quand on vient de les cueillir: les ouvrages de l'esprit, pareillement, doivent se consommer sur place.
Je préfère le désespoir à l'incertitude.
On dirait bientôt: les soldats de 38 - comme on disait: les soldats de l'an II, les poilus de 14. Ils creuseraient leurs trous comme les autres, ni mieux ni plus mal, et puis ils se coucheraient dedans, parce que c'était leur lot.
Voici une porte, par exemple: elle est là, avec ses gonds, son loquet, sa serrure. Elle est vérouillée avec soin, comme si elle protégeait quelque trésor.
Il ne suffit pas d'être honnête, une fois la promesse faite. Il faut encore être scrupuleux dans le choix des promesses et promettre peu pour être sûr de tenir.
La prose est utilitaire par essence; je définirais volontiers le prosateur comme un homme qui se sert des mots. M. Jourdain faisait de la prose pour demander ses pantoufles et Hitler pour déclarer la guerre à la Pologne.

Œuvres de Jean-Paul Sartre

A propos du Tintoret.Baudelaire (1946)Cahiers pour une morale (1983)Carnets de la drôle de guerre - Septembre 1939 - Mars 1940 (1983)Cité dans Eloge des femmes mûres (2006) de Stephen Vizinczey.Critique de la raison dialectique (1960)Dans Obliques, Sartre et les arts.Enregistrement phonographique de Jean-Paul Sartre en 1965 en préambule à Huis clos - L'enfer c'est les autresEsquisse d'une théorie des émotions (1938)Huis Clos (1944)Huis Clos (1944), V, EstelleL'Etre et le Néant (1943)L'Idiot de la famille (1971-1972)L'existentialisme est un humanisme (1945)L'existentialisme est un humaniste (1945)L'imagination (1936)La Dernière ChanceLa Putain respectueuse (1946)La nausée (1938)Le Diable et le Bon Dieu (1951)