Œuvre
Situations I (1947)
Les mots boivent notre pensée avant que nous ayons eu le temps de la reconnaître; nous avions une vague intention, nous la précisons par des mots et nous voilà en train de dire tout autre chose que ce que nous voulions dire.
Nous, qui trouvons aujourd'hui toutes les voies libres, qui pensons que tout est à dire et sommes pris de vertiges, parfois, devant ces espaces vides qui s'étendent devant nous.
Contre la philosophie digestive de l'empirio-criticisme, du néo-kantisme, contre tout «psychologisme», Husserl ne se lasse pas d'affirmer qu'on ne peut pas dissoudre les choses de la conscience.
Dira-t-on que je m'entends? Pas tout à fait, puisque, si l'on enregistre ma voix, je ne la reconnais pas.
J'ai connu vers 1924 un jeune homme de bonne famille, entiché de littérature et tout particulièrement des auteurs contemporains.
Seules les choses sont: elles n'ont que des dehors. Les consciences ne sont pas: elles se font.
Lorsqu'on s'évertue contre une porte close, vient un moment où l'envie vous prend de la casser.
Seules les choses sont: elles n'ont que des dehors. Les consciences ne sont pas: elle se font.
Le récit se guinde un peu et tout ce qu'on nous rapporte du héros prend l'allure d'informations solennelles et publicitaires.
Le rien, c'est ce qui n'existe pas du tout; l'inconnu, c'est ce qui n'existe aucunement pour moi.
Un roman, c'est un miroir: tout le monde le dit. Mais qu'est-ce que lire un roman? Je crois que c'est sauter dans le miroir.
Le paysan travaille seul, au milieu des forces naturelles, qui n'ont pas besoin d'être nommées pour agir. Il se tait. Parain a noté sa «stupeur» quand il rentre au village après avoir labouré son champ et qu'il entend des voix humaines.
Voici une porte, par exemple: elle est là, avec ses gonds, son loquet, sa serrure. Elle est vérouillée avec soin, comme si elle protégeait quelque trésor.
Il ne suffit pas d'être honnête, une fois la promesse faite. Il faut encore être scrupuleux dans le choix des promesses et promettre peu pour être sûr de tenir.
Le propre du réaliste, c'est qu'il n'agit pas. Il contemple, puisqu'il veut peindre le réel tel qu'il est, c'est-à-dire tel qu'il apparaît à un témoin impartial.
La découverte d'une réalité qui n'est pas notre réalité ne peut se faire que par le moyen d'une hypothèse et elle demeure toujours probable.
Voilà beau temps que la sensation est reléguée au magasin des accessoires; c'est un rêve de la psychologie; pour le coup, ce n'est qu'un mot.
Il y a des hommes qu'on pourrait appeler des survivants. Ils ont perdu, de bonne heure, un être cher, un père, un ami, une maîtresse, et leur vie n'est plus que le morne lendemain de cette mort.