Que l'humanité vienne à disparaître, elle tuera ses morts pour de bon.
J'étais un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets.
Voyez plutôt: seul au milieu des adultes, j'étais un adulte en miniature, et j'avais des lectures adultes; cela sonne faux, déjà, puisque, dans le même instant, je demeurais un enfant.
Ces troubles légers persistèrent jusqu'à l'été: ils m'épuisaient, je m'en agaçais ...
Un ami me considéra d'un air inquiet: «Vous étiez, me dit-il, encore plus atteint que je n'imaginais». Atteint? je ne sais trop. Mon délire était manifestement travaillé.
Respirant, digérant, déféquant avec nonchalance, je vivais parce que j'avais commencé à vivre.
J'étais élu, marqué mais sans talent: tout viendrait de ma longue patience et de mes malheurs.
Le Progrès, ce long chemin ardu qui mène jusqu'à moi.
Le génie n'est qu'un prêt: il faut le mériter par de grandes souffrances, par des épreuves modestement, fermement traversées.
Plus absurde est la vie, moins supportable la mort.
Elle ne croyait à rien; seul, son scepticisme l'empêchait d'être athée.
La glace m'avait appris ce que je savais depuis toujours: j'étais horriblement naturel. Je ne m'en suis jamais remis.
En sa présence, j'avais autrefois demandé la permission de lire Madame Bovary et ma mère avais pris de sa voix trop musicale: Mais si mon petit chéri lit ce genre de livre à son âge, qu'est-ce qu'il fera quand il sera grand?
Longtemps j'ai pris ma plume pour une épée: à présent je connais notre impuissance. N'importe: je fais, je ferai des livres; il en faut; cela sert tout de même.
La culture ne sauve rien ni personne, elle ne justifie pas. Mais c'est un produit de l'homme: il s'y projette, s'y reconnaît; seul, ce miroir critique lui offre son image.
Quelle solitude: deux milliards d'hommes en long et moi, au-dessus d'eux, seule vigie.
L'idée ne me vint pas qu'on pût écrire pour être lu. On écrit pour ses voisins ou pour Dieu. Je pris le parti d'écrire pour Dieu en vue de sauver mes voisins. Je voulais des obligés et non pas des lecteurs.
J'avais trouvé ma religion: rien ne me parut plus important qu'un livre. La bibliothèque, j'y voyais un temple.
Tout homme a son lieu naturel; ni l'orgueil ni la valeur n'en fixent l'altitude: l'enfance décide.
Le progrès m'est toujours apparu comme une faribole et c'est pour cela que je songe moins à changer l'état des choses présent qu'à l'endurer, ce qui me paraît le dernier mot de la sagesse, l'endurer et le comprendre.
Il avait raison: quand on aime trop les enfants et les bêtes, on les aime contre les hommes.
Si l'auteur inspiré, comme on croit communément, est autre que soi au plus profond de soi-même, j'ai connu l'inspiration entre sept et huit ans.
A la vérité, il forçait un peu sur le sublime : c'était un homme du XIXe siècle qui se prenait, comme tant d'autres, comme Victor Hugo lui-même, pour Victor Hugo.
La vérité sort de la bouche des enfants. Tout proches encore de la nature, ils sont les cousins du vent et de la mer : leurs balbutiements offrent à qui sait les entendre des enseignements larges et vagues.
Soyez complaisant à vous-même, les autres complaisants vous aimeront ; déchirez votre voisin, les autres voisins riront. Mais si vous battez votre âme, toutes les âmes crieront.