Auteur

J. M. G. Le Clézio

Les hommes savaient bien que le désert ne voulait pas d'eux: alors ils marchaient sans s'arrêter, sur les chemins que d'autres pieds avaient déjà parcourus, pour trouver autre chose.
Les garçons apprenaient à marcher, à parler, à chasser et à combattre, simplement pour apprendre à mourir sur le sable.
Il y a les jours qui ne sont pas comme les autres, les jours de fête, et c'est un peu pour ces jours-là qu'on vit, qu'on attend, qu'on espère.
Il y a des jours qui sont plus longs que les autres, parce qu'on a faim.
Quelle souffrance que d'être ainsi vivant. Quelle abomination, quelle pourriture! Comment mon corps, ce corps qui est à moi, qui appartient ou qui est le maître de cet esprit pas particulièrement attaché à la vie, a-t-il la force, le courage d'exister?
Il y a, derrière chaque parcelle vivante, tant de misère et tant d'abandon qu'il n'est pas possible d'oublier.
Tout est rythme. Comprendre la beauté, c'est parvenir à faire coïncider son rythme propre avec celui de la nature. Chaque chose, chaque être a une indication particulière. Il porte en lui son chant. Il faut être en accord avec lui jusqu'à se confondre.
Moi, ce que je voudrais bien trouver dans chaque homme, c'est une pulsation, un mouvement régulier et souple qui l'accorde au temps et au monde. Alors je me mets à l'unisson avec lui, et je l'écoute, je l'observe, je le visite.
On ne se suicide pas parce que la vie est absurde, ou parce qu'on est abandonné. Ces raisons-là viennent après.
Tout ce qui ne va pas dans le sens de l'adhésion au réel n'est que remâchonnement de théories usées, abstraction, décollement. Il y a mille façons d'exprimer ce qui est, mais il n'y a qu'une raison de ne pas fuir.
De plus en plus, actuellement, on tend vers une expression unique de l'art, qui doit être quelque chose comme une approche de la conscience humaine. L'affabulation se risque vers la science, et la science retrouve les mythes.
Est-ce qu'une pensée, d'un individu à l'autre, d'un siècle à l'autre s'affine? Elle change, cela est sûr, elle s'adapte. Mais progresse-t-elle?
Les affrontements, le désespoir ou l'angoisse n'ont pas tant de force que la cohésion et le sens de la survie.
Dans ce monde hermétique, il n'y a rien qui vienne vous faire rire du destin. On ne peut s'aider de rien. Le doute règne partout.
Je ne suis pas contre le principe de la religion, parce qu'il est le seul qui organise le sentiment de religiosité. Mais je pense que dans la plupart des cas, l'esprit religieux passe avant l'organisation en religion.
Les vrais livres sont magiques. Ils viennent de l'autre bout du temps, denses, pareils à des stèles.
Ce sont peut-être les visages de tous ces hommes qui vivent dans les villes, dans les villes si grandes qu'on ne peut jamais les quitter, là où il y a tant d'autos, tant d'hommes, et où on ne peut jamais voir deux fois le même visage.
Il y avait des flambées de violences inouïes, je ne peux pas oublier cela, dans les rues, des voitures incendiées, des slogans affreux et racistes barbouillés sur les murs, des idées ignobles qui couraient comme un feu sous la cendre.
On nait seul, on meurt seul, on dort seul, c'est la seule chose dont on soit sûr.
Ecrire c'est comme le métro. Vous savez où vous allez, vous n'avez pas un choix infini de destinations, il y a des horaires à respecter, des zones obscures et de plus, ça n'est pas toujours agréable.
L'eau de pluie cascade le long de l'intérieur du tronc et emplit les creux de l'écorce. La pluie bondit de branche en branche, de feuille en feuille, et de la terre monte une odeur puissante et douce qui se relie à l'enfance.
J'ouvre les yeux, la mer et la lumière me brûlent jusqu'au fond de mon corps, mais j'aime cela. Je respire, je suis libre. Déjà je suis portée par le vent, par les vagues. Le voyage a commencé.
Oh! poisson, petit poisson d'or, prends bien garde à toi! Car il y a tant de lassos et de filets tendus pour toi dans ce monde.
On a le coeur qui bat, quand on revient après une longue absence. C'est comme après la guerre. On avance dans les rues en flairant un peu, cherchant les traces. On guette les bruits familiers, on remonte des filières.
Sans doute ne devrait-il jamais y avoir d'autre raison au voyage que celle de mesurer exactement ses propres incompétences.

Œuvres de J. M. G. Le Clézio

Ballaciner (2007)Chanson bretonne suivi de L'enfant et la guerre (2020)Coeur brûlé et autres romancesDésert (1980)Etoile errante (1992)Etoile errante (1992), HélèneHaï (1971)Histoire du pied et autres fantaisies (2011)J. M. G. Le Clézio, 6 septembre 2012, dans La lugubre élucubration de Richard Millet site du Nouvel Observateur, paru le 6 septembre 2012Jounal de l'an 1Journal de l'an 1L'Extase matérielle (1967)L'inconnu sur la Terre (1978)La Fièvre (1965)La GuerreLa Guerre (1970)La Ronde et autres faits divers (1982)La Ronde et autres faits divers (1982), Le jeu d'AnneLe Chercheur d'or (1985)Le Déluge (1966)