Œuvre

L'Extase matérielle (1967)

L'art est sans doute la seule forme de progrès qui utilise aussi bien les voies de la vérité que celles du mensonge.
L'écriture est la seule forme parfaite du temps.
L'artiste est celui qui nous montre du doigt une parcelle du monde.
Quand je m'abandonne à mes propres coups, qui pourrait me sauver?
Dans la salle d'abattoir blanche et rouge, frappe le coup sourd du marteau au clou acéré qui entre très vite dans la nuque du boeuf.
Chaque chose, chaque être a une indication particulière. Il porte en lui son chant. Il faut être en accord avec lui jusqu'à se confondre.
... ce bruit qui ronge quand la plume accroche le long de l'écriture.
Les poussières accrochées aux parois de verre du cendrier.
N'achetez pas de voiture, ne possédez pas de maison, n'ayez pas de situation. Vivez dans le minimum. N'achetez jamais rien. Les objets sont gluants ...
Chaque vie doit s'achever et se résoudre, indépendante, et dépendante de tous, jusqu'à l'ultime fermeture qui l'accomplit et lui donne un sens.
De plus en plus, actuellement, on tend vers une expression unique de l'art ... L'affabulation se risque vers la science, et la science retrouve les mythes.
L'au-delà, qu'il soit métaphysique ou qu'il soit social, ramène l'homme dans cette situation d'affiliation qui est une sécurité.
Le mouvement est facile à affoler. L'équilibre est facile à détruire.
On ne peut s'aider de rien. Le doute règne partout. Rien, pas la moindre pensée qu'on puisse partager effectivement; c'est comme une lutte avec le miroir. Qu'est-ce que le miroir? Une plaque de verre couverte d'étain, et qui reflète avec fidélité. Mais fidélité à quoi ? A soi. A personne d'autre que soi. Jamais le reflet n'a été une certitude.
L'histoire de la pensée humaine est, pour les neuf dixièmes, l'histoire d'un vain jeu de cubes où les pièces ne cessent d'aller et venir, usées, abîmées, truquées, s'ajustant mal.
Ici, c'est le nid de l'araignée, l'endroit où, à la moindre alerte, elle se précipite en se laissant couler le long du fil maître.
Et pourtant je ne fais rien. Je laisse aller.
L'ampoule électrique brillait avec force au-dessus de la table, et la lumière était jaune, un peu sale.
Cette naturelle hypocrisie qu'on appelle lucidité, qui veut vous faire voir les angles divers d'une chose unique.
L'acte de la création ne s'arrête jamais. Il s'effectue ainsi, continuellement, dans la matière dure qui s'acharne.
Il y a un indicible bonheur à savoir tout ce qui en l'homme est exact. Cette vérité qui n'aboutit pas, car elle ne peut que rester relative, est sans doute le plus exigeant, le plus harassant des bonheurs.
Quelle souffrance que d'être ainsi vivant. Quelle abomination, quelle pourriture! Comment mon corps, ce corps qui est à moi, qui appartient ou qui est le maître de cet esprit pas particulièrement attaché à la vie, a-t-il la force, le courage d'exister?
Il y a, derrière chaque parcelle vivante, tant de misère et tant d'abandon qu'il n'est pas possible d'oublier.
Tout est rythme. Comprendre la beauté, c'est parvenir à faire coïncider son rythme propre avec celui de la nature. Chaque chose, chaque être a une indication particulière. Il porte en lui son chant. Il faut être en accord avec lui jusqu'à se confondre.
Moi, ce que je voudrais bien trouver dans chaque homme, c'est une pulsation, un mouvement régulier et souple qui l'accorde au temps et au monde. Alors je me mets à l'unisson avec lui, et je l'écoute, je l'observe, je le visite.