Auteur

Boris Vian

Noémi lisait dans sa chambre. On venait d'apporter son petit déjeuner : une tarte aux noix et une langoustine à la mayonnaise. Elle ménageait son foie qu'elle avait sensible.
L'attente est un prélude sur le mode mineur.
Je n'ai gardé que mon carnet et mon crayon. Je vais les lancer avant de changer de jambe et il faut absolument que je le fasse parce que j'en ai assez de la guerre et parce qu'il me vient des fourmis.
Le travail, c'est ce qu'on ne peut pas s'arrêter de faire quand on a envie de s'arrêter de le faire.
Colin reposa le peigne et, s'armant du coupe-ongles, tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard. Il devait recommencer souvent, car elles repoussaient vite.
Elle commençait à s'apercevoir que je déraillais, et il était temps que je cesse de dérailler. Elle se serrait contre moi et elle mettait la tête sur mon épaule.
On ne reste pas parce qu'on aime certaines personnes on s'en va parce qu'on en déteste d'autres. Il n'y a que le moche qui vous fasse agir. On est lâches.
Si on ne s'aimait pas tant soi-même on serait toujours seul.
La doublure de ma manche gauche est un petit peu déchirée... Je n'ai plus de chatterton... Tant pis, je vais mettre un clou.
La foi soulève des montagnes mais les laisse joyeusement retomber sur la tête de ceux qui ne l'ont pas
Je ne puis tolérer que souffre mon voisin ; qui le meurtrit me blesse.
Je bois n'importe quel jaja - \r\nPourvu qu'il fasse ses douze degrés cinq - \r\nJe bois la pire des vinasses - \r\nC'est dégueulasse mais ça fait passer l'temps
La vie est-elle tellement marrante - \r\nLa vie est-elle tellement vivante - \r\nJe pose ces deux questions - \r\nLa vie vaut-elle d'être vécue - \r\nL'amour vaut-il qu'on soit cocu - \r\nJe pose ces deux questions - \r\nAuxquelles personne ne répond
Je bois sans y prendre plaisir - \r\nPour être saoul - \r\nPour ne plus voir ma gueule - \r\nJe bois dès que j'ai des loisirs - \r\nPour pas me dire qu'il faudrait en finir.
La vie est-elle tellement marrante - \r\nLa vie est-elle tellement vivante - \r\nJe pose ces deux questions - \r\nLa vie vaut-elle d'être vécue - \r\nL'amour vaut-il qu'on soit cocu - \r\nJe pose ces deux questions - \r\nAuxquelles personne ne répond
Si tout le monde avait été contre l'évolution, on serait encore dans des cavernes à téter des grizzlys domestiques.
Des hommes se promènent dans la rue.
On a mis des affiches pour qu'ils aient peur - \r\nElles collent au mur comme des sangsues - \r\nIls passent près d'elles, en s'écartant - \r\nCar elles peuvent remuer malgré tout - \r\nDes deux côtés des couloirs, elles guettent - \r\nEt il y a le panneau tous les vingt pas : - \r\n\" défense de cracher du sang. \" - \r\nMais qui pourrait cracher du sang ?…
Les mères vous font en saignant - \r\nEt vous tiennent toute la vie - \r\nPar un ruban de chair à vif - \r\nOn est élevé dans des cages - \r\nOn vit en mâchant des morceaux - \r\nDes seins arrachés en saignant - \r\nQu'on accroche au bord des berceaux - \r\nOn a du sang sur tout le corps - \r\nEt comme on n'aime pas le voir - \r\nOn fait couler celui des autres - \r\nUn jour, il n'y en aura plus - \r\nOn sera libres.
La vie, c'est comme une dent - \r\nD'abord on y a pas pensé - \r\nOn s'est contenté de mâcher - \r\nEt puis ça se gâte soudain - \r\nÇa vous fait mal, et on y tient - \r\nEt on la soigne et les soucis - \r\nEt pour qu'on soit vraiment guéri - \r\nIl faut vous l'arracher, la vie.
Je veux une vie en forme d'arête - \r\nSur une assiette bleue - \r\nJe veux une vie en forme de chose - \r\nAu fond d'un machin tout seul - \r\nJe veux une vie en forme de sable dans des mains - \r\nEn forme de pain vert ou de cruche - \r\nEn forme de savate molle - \r\nEn forme de faridondaine - \r\nDe ramoneur ou de lilas - \r\nDe terre pleine de cailloux - \r\nDe coiffeur sauvage ou d'édredon fou - \r\nJe veux une vie en forme de toi - \r\nEt je l'ai, mais ça ne me suffit pas encore - \r\nJe ne suis jamais content.
De l'amour lente naît l'époux J'ai toute ma tête au bout de ton cou. Le ciel fait de l'ombre au fond de l'eau Ce n'est pas très vrai mais c'est très très beau.
Il est temps qu'un texte de loi - \r\nPrive les éditeurs de leurs droits - \r\nPuisqu'on fourre en prison les souteneurs ordinaires - \r\nEt encore... eux... leurs putains les aiment.
De l'amour lente naît l'époux.
Alors moi qu'est-ce qui me reste - \r\nIls ont pris tous les mots commodes - \r\nLes beaux mots à faire du verbe - \r\nLes écumants, les chauds, les gros - \r\nLes cieux, les astres, les lanternes

Œuvres de Boris Vian

Arthur... où t'as mis le corps ?Boris Vian en verve (1970), InéditsCantilènes en geléeChroniques de jazzChroniques du menteurCité dans En verve; Pierre Horay.Dans le magazine Jazz HotElles se rendent pas compte (1950) (sous le pseudonyme de Vernon Sullivan)En verveInéditJ'irai cracher sur vos tombes (1946) (sous le pseudonyme de Vernon Sullivan)Je boisJe voudrais pas crever (1962)Je voudrais pas crever (1962), Je veux une vie en forme d'arrêteL' Ecume des jours (1947)L'Arrache-coeurL'Arrache-coeur (1953)L'Automne à Pékin (1947)L'Ecume des jours (1947)L'Equarrissage pour tous (1947)