Auteur

Arthur Rimbaud

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées; - Mon paletot aussi devenait idéal; - J'allais sous le ciel, Muse! et j'étais ton féal.
Comme je descendais des Fleuves impassibles - Je ne me sentis plus guidé par les haleurs; - Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, - Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises, - Echouages hideux au fond des golfes bruns - Où les serpents géants dévorés des punaises - Choient, des arbres tordus avec de noirs parfums.
Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient.
Le monde marche! Pourquoi ne tournerait-il pas?
Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents: je croyais à tous les enchantements.
J'ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à charrue.
Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon, et nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu'ils ignorent tout à fait!
Je est un autre. J'assiste à l'éclosion de ma pensée: je la regarde, je l'écoute.
Le rêve maternel, c'est le tiède tapis, - C'est le nid cotonneux où les enfants tapis, - Comme de beaux oiseaux que balancent les branches, - Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches ! ...
Le plus probable, c'est qu'on va plutôt où l'on ne veut pas, et que l'on fait plutôt ce qu'on ne voudrait pas faire, et qu'on vit et décède tout autrement qu'on ne le voudrait jamais, sans espoir d'aucune espèce de compensation.
Le monde est très grand et plein de contrées magnifiques que l'existence de mille hommes ne suffirait pas à visiter.
Plus de lendemain, - Braises de satin, - Votre ardeur - Est le devoir.
La morale est la faiblesse de la cervelle. Acquise sans aucune reflexion, elle s'imprime en nous à nos dépens. Elle est un danger si elle n'est attuénuée par la pensée raisonnable.
Je ne demande pas de prières avec votre confiance seulement, je serai heureux.
O flots abracadabrantesques - Prenez mon coeur, qu'il soit sauvé ! - Ithyphalliques et pioupiesques - Leurs insultes l'ont dépravé !
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes - Et les ressacs et les courants : je sais le soir.
Je n'aime pas les femmes. L'amour est à réinventer.
La vraie vie est absente.
Aux branches claires des tilleuls Meurt un maladif hallali. Mais des chansons spirituelles Voltigent parmi les groseilles. Que notre sang rie en nos veines, Voici s’enchevêtrer les vignes. Le ciel est joli comme un ange. L’azur et l’onde communient. Je sors. Si un rayon me blesse Je succomberai sur la mousse. Qu’on patiente et qu’on s’ennuie C’est trop simple. Fi de mes peines. je veux que l’été dramatique Me lie à son char de fortunes Que par toi beaucoup, ô Nature, – Ah moins seul et moins nul ! – je meure. Au lieu que les Bergers, c’est drôle, Meurent à peu près par le monde. Je veux bien que les saisons m’usent. A toi, Nature, je me rends ; Et ma faim et toute ma soif. Et, s’il te plaît, nourris, abreuve. Rien de rien ne m’illusionne ; C’est rire aux parents, qu’au soleil, Mais moi je ne veux rire à rien ; Et libre soit cette infortune.
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. - - Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, - Des cafés tapageurs aux lustres éclatants! - On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août. - \r\nVous êtes amoureux. - Vos sonnets la font rire. - \r\nTous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût. - \r\n- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire ... ! - \r\n - - \r\n- Ce soir-là, ... - vous entrez aux cafés éclatants, - \r\nVous demandez des bocks ou de la limonade ... - \r\n- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans - \r\nEt qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

Œuvres de Arthur Rimbaud

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