Œuvre
Poésies (1870-1871), le Bateau ivre
Comme je descendais des Fleuves impassibles, - Je ne me sentis plus guidé par les haleurs: - Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, - Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
Je regrette l'Europe aux anciens parapets!
Mais, vrai, j'ai trop pleuré! Les Aubes sont navrantes. - Toute lune est atroce et tout soleil amer: - L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes. - O que ma quille éclate! O que j'aille à la mer!
Sur la place taillée en mesquine pelouse - Square où tout est correct, les arbres et les fleurs - Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs - Portent, les jeudis soir, leurs bêtises jalouses.
Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures, - L'eau verte pénétra ma coque de sapin - Et des taches de vins bleus et des vomissures - Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises! - Echouages hideux au fond des golfes bruns - Où les serpents géants dévorés des punaises - Choient, des arbres tordus avec de noirs parfums!
Comme je descendais des Fleuves impassibles - Je ne me sentis plus guidé par les haleurs; - Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, - Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises, - Echouages hideux au fond des golfes bruns - Où les serpents géants dévorés des punaises - Choient, des arbres tordus avec de noirs parfums.
Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes - Et les ressacs et les courants : je sais le soir.