Auteur

Arthur Rimbaud

J'ai soupé en humant l'odeur des soupiraux d'où s'exhalaient les fumets des viandes et des volailles rôties des bonnes cuisines bourgeoises de Charleroi.
Hurrah! la bise siffle au grand bal des squelettes! - Le gibet noir mugit comme un orgue de fer! - Les loups vont répondant des forêts violettes: - A l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer...
Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin! - L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière; - Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin - - A des parfums de vigne et des parfums de bière...
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans. - - Un beau soir, foin des bocks et de la limonade, - Des cafés tapageurs aux lustres éclatants! - On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Je dis qu'il faut être voyant, se faire voyant.
Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien, ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe! d'un bonheur indicible, insupportable même!
Oh! plus fort, on irait, au fourneau qui s'allume, - Chanter joyeusement en martelant l'enclume, - Si l'on était certain de pouvoir prendre un peu, - Etant homme, à la fin! de ce que donne Dieu!
Et, tachés du sang pur des célestes poitrines, - De grands linges neigeux tombent sur les soleils!
Je vais dévoiler tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course - Des rimes.
Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens.
Quelle bête faut-il adorer? Quelle sainte image attaque-t-on?Quels coeurs briserai-je? Quel mensonge dois-je tenir? - Dans quel sang marcher?
Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage au jardin de la beauté! Sous le sabre, elles le bénirent.
A quatre heures du matin, l'été, - Le sommeil d'amour dure encore.
Oisive jeunesse - A tout asservie, - Par délicatesse - J'ai perdu ma vie - Ah! que le temps vienne - Où les coeurs s'éprennent.
Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.
Salut; c'est le printemps! c'est l'ange de tendresse! - Ne devinez-vous pas pourquoi je bous d'ivresse? - Ange de ma grand-mère, ange de mon berceau, - Ne devinez-vous pas que je deviens oiseau, - Que ma lyre frissonne.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine; - Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine - Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
A côté de son cher corps endormi, que d'heures des nuits j'ai veillé, cherchant pourquoi il voulait tant s'évader de la réalité.
Et la Mère, fermant le livre du devoir, - S'en allait satisfaite et très fière, sans voir, - Dans les yeux bleus et sous le front plein d'éminences, - L'âme de son enfant livrée aux répugnances.
Les bons vergers à l'herbe bleue, - Aux pommiers tors! - Comme on les sent toute une lieue - Leurs parfums forts!
La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie - Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
La poésie ne rythmera pas l'action elle sera en avant.
C'est un trou de verdure où chante une rivière - Accrochant follement aux herbes des haillons - D'argent; où le soleil, de la montagne fière, - Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.

Œuvres de Arthur Rimbaud

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